Beni : Des pygmées massacrés dans l’indifférence générale, et l’Est du Congo continue de saigner

Beni : Des pygmées massacrés dans l’indifférence générale, et l’Est du Congo continue de saigner

L’Est de la République Démocratique du Congo pleure une nouvelle fois ses morts. À Beni, dans le quartier Ngadi, commune de Ruwenzori, plus d’une dizaine de civils ont été sauvagement massacrés lors d’une incursion attribuée aux rebelles des ADF. Ce mardi la population a retrouvé des corps sans vie, sabotés et abandonnés. Parmi les victimes figurent plusieurs pygmées, reconnus comme premiers habitants du territoire congolais. Décapités à la machette, ces hommes et ces femmes ont péri dans des circonstances d’une cruauté insoutenable.

Pourtant, au-delà de l’horreur du drame, un autre fait interpelle : le silence des autorités regnantes.

Jusqu’à présent, aucun deuil national n’a été décrété en mémoire de ces compatriotes brutalement arrachés à la vie. Aucun message officiel de compassion n’a été adressé aux familles endeuillées. Aucune initiative publique et politique,  d’accompagnement psychologique ou social n’a été annoncée pour soutenir les survivants et les proches des victimes.

Comme trop souvent dans cette partie du pays meurtrie par des décennies de violence, les morts sont ramassés, transportés et enterrés dans une quasi-normalité devenue révoltante. Les cercueils défilent. Les familles pleurent. Les villages se vident. Et c’est tout. Et la nation semble continuer sa route comme si rien ne s’était passé.

Selon la société civile de Beni, le bilan de cette attaque dépasse la dizaine de morts. D’autres corps ont encore été découverts dans les heures qui ont suivi le massacre, retrouvé ce lundi 1 juin.

«La ville de Beni et ses périphéries sont devenues une boucherie humaine, parce qu’il y a une quinzaine de personnes qui ont été tuées. Nous avons des informations qu’il y a d’autres corps qui viennent d’être découverts vers Vemba », dénonce Maître Pépin Kavota, président des forces vives de la ville de Beni.

Cette tragédie survient après quelques semaines d’accalmie relative dans la ville de Beni. Son retour brutal rappelle que l’insécurité reste profondément enracinée dans la région malgré les multiples opérations militaires menées contre les groupes armés.

Face à ce nouveau bain de sang, la colère gronde au sein de la jeunesse locale. Des mouvements de contestation ont éclaté pour dénoncer ce que plusieurs habitants qualifient de défaillance dans la protection des populations civiles.

Pour Jacques Sinzahero, activiste des mouvements citoyens, la population doit néanmoins continuer à soutenir les Forces armées de la République démocratique du Congo.

« Nous appelons la population à ne pas continuer à doigter nos FARDC, parce que c’est la seule armée que nous avons; si nous la déstabilisons, l’ennemi peut en profiter », sensibilise-t-il.

Mais au-delà du débat sur les responsabilités sécuritaires, une question demeure : combien de morts faudra-t-il encore pour émouvoir la conscience nationale ?

À Ngadi, ce lundi, l’atmosphère était lourde de tristesse et de mélancolie. Les familles se préparent à inhumer leurs proches ce mercredi 3 juin. Une cérémonie funèbre qui risque, une fois de plus, de se dérouler dans la discrétion, loin des projecteurs et des hommages officiels.

Pendant ce temps, l’Est du Congo continue de s’enfoncer dans un immense lac de larmes. Des populations entières vivent dans la peur permanente des massacres, ne sachant pas exactement qui tue, qui en profite et quand va-t-on arrêter cette tragédie; tandis que les statistiques macabres s’accumulent. Derrière chaque chiffre pourtant, il y a un visage, une famille, une histoire brisée.

Le drame de Ngadi rappelle avec force une vérité douloureuse indélébile selon laquelle lorsqu’une nation s’habitue à ses morts, c’est une part de son humanité qui disparaît avec eux.

J-Rostand VUSANGI M, 

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