Diocèse de Goma/Rutshuru : Plus de 10.000 jeunes réunis pour la 15e édition du Forum régional des jeunes, un grand pèlerinage de l’espérance et de la paix

Diocèse de Goma/Rutshuru : Plus de 10.000 jeunes réunis pour la 15e édition du Forum régional des jeunes, un grand pèlerinage de l’espérance et de la paix

Dans un contexte régional marqué par les conflits armés, les déplacements massifs des populations, les divisions communautaires et les nombreuses incertitudes qui pèsent sur l’avenir de la jeunesse, le diocèse de Goma a procédé, ce jeudi 16 juillet, au lancement officiel de la 15e édition du Forum régional des jeunes à l’École primaire Rugabo, en territoire de Rutshuru.

Pendant quatre jours, jusqu’au 19 juillet, cette rencontre rassemble plus de 10.000 jeunes venus des diocèses de Goma, Bukavu, Nyundo et Byumba (Rwanda), autour du thème : « Jeune, sois témoin de l’espérance et artisan de la paix. »

Au-delà d’un simple rassemblement religieux, ce forum constitue un véritable laboratoire de formation humaine, spirituelle, sociale et citoyenne où les jeunes sont appelés à réfléchir sur leur responsabilité dans la construction d’une société plus juste, plus fraternelle et réconciliée.

L’événement prend une dimension particulière dans une région où les populations vivent depuis plusieurs décennies au rythme des violences armées, des déplacements forcés, de la pauvreté et de la méfiance entre communautés. En réunissant des jeunes congolais et rwandais sous une même foi, l’Église catholique veut démontrer que la fraternité reste plus forte que les frontières, les conflits et les blessures de l’histoire.

Des paroles de bienvenue porteuses d’espérance

La cérémonie d’ouverture a débuté par un mot de bienvenue du Curé-Doyen de la paroisse Saint-Aloys de Rutshuru.

Dans son intervention, il a exprimé sa profonde gratitude envers Dieu pour avoir permis la tenue de ce grand rendez-vous malgré les difficultés sécuritaires que traverse le territoire.

Il a salué la présence des évêques, des prêtres, des religieux, des religieuses, des animateurs de la pastorale des jeunes ainsi que des milliers de jeunes venus parfois de très loin.

« Votre présence est déjà un témoignage de courage. Vous avez accepté de quitter vos familles pour venir vivre cette expérience de foi dans une région qui continue de connaître des moments difficiles. Cela signifie que vous croyez encore que Dieu peut transformer notre histoire. Soyez les bienvenus chez vous. Que ces quatre jours soient un temps de guérison intérieure, de réconciliation, de découverte mutuelle et d’engagement pour la paix. »

Le Curé-Doyen a également rendu hommage aux familles de Rutshuru qui accueillent gratuitement les pèlerins.

« Vous démontrez que l’hospitalité demeure une valeur profondément chrétienne. En ouvrant vos maisons, vous ouvrez également vos cœurs. Vous devenez les premiers bâtisseurs de paix. »

L’abbé François Sadiki : « La paix commence dans le cœur de chaque jeune »

Prenant ensuite la parole, l’abbé François Sadiki, aumônier diocésain des jeunes et des vocations, a invité les participants à considérer ce forum comme une école de transformation personnelle.

Il a insisté sur le fait que les crises actuelles ne pourront être résolues uniquement par les autorités politiques ou militaires, mais également par une jeunesse renouvelée dans ses valeurs.

« La paix ne commence pas dans les institutions. Elle commence dans le cœur de chaque jeune. Celui qui apprend à pardonner, à dialoguer, à respecter les différences et à aimer son prochain devient déjà un artisan de paix. »

Il a exhorté les jeunes à vivre chaque activité avec enthousiasme.

« Ne soyez pas de simples spectateurs. Participez aux enseignements, aux célébrations, aux ateliers, aux moments culturels et aux échanges fraternels. L’unité des jeunes constitue une force immense capable de transformer nos familles, nos paroisses et notre société. Ensemble, refusons la haine, la vengeance, les discours qui divisent et toutes les formes de violence. Soyons la génération qui choisit la paix. »

Monseigneur Willy Ngumbi : « Le véritable partisan de la paix est celui qui la construit chaque jour »

Moment le plus attendu de cette première journée, la grande catéchèse de Son Excellence Monseigneur Willy Ngumbi Ngengele a profondément marqué les participants.

Dès le début de son enseignement, l’évêque de Goma s’est réjoui de voir des milliers de jeunes réunis au-delà des frontières nationales.

Il a salué les délégations venues du Rwanda ainsi que celles du diocèse de Bukavu, estimant que leur présence constitue déjà un signe concret de réconciliation entre les peuples.

« Aujourd’hui, vous nous donnez une magnifique leçon. Vous prouvez que malgré les blessures du passé, il est toujours possible de marcher ensemble. Vous êtes les ambassadeurs d’une Afrique réconciliée. »

S’adressant ensuite aux familles d’accueil, il leur a adressé une bénédiction particulière.

« Merci d’avoir accepté de partager votre toit, votre nourriture et votre affection. Votre générosité annonce déjà l’Évangile. Que Dieu récompense abondamment chacun de vos sacrifices. »

« Nous sommes les enfants d’un même Père »

Développant ensuite son enseignement, Monseigneur Willy Ngumbi a rappelé que les divisions ethniques, politiques ou nationales ne doivent jamais faire oublier l’identité fondamentale du chrétien.

« Nous sommes les enfants d’un même Père et les membres d’une même Église. Aucun mur ne doit être plus fort que notre fraternité. Lorsque nous accueillons l’autre comme un frère, nous faisons déjà reculer la violence. »

Il a encouragé les jeunes à développer une curiosité positive.

« Osez rencontrer ceux que vous ne connaissez pas. Intéressez-vous à leur culture, à leur histoire, à leurs difficultés. La peur naît souvent de l’ignorance. Plus nous nous connaissons, plus nous nous respectons. »

Espoir et espérance : deux réalités différentes

L’évêque a ensuite consacré une grande partie de sa catéchèse à distinguer l’espoir de l’espérance.

Selon lui, beaucoup de personnes vivent uniquement d’espoir.

« L’espoir dépend souvent des circonstances humaines. Aujourd’hui on espère, demain on est découragé. Mais l’espérance chrétienne est différente. Elle est enracinée dans les promesses de Dieu. Même lorsque tout semble perdu, celui qui espère en Dieu continue d’avancer parce qu’il sait que Dieu ne l’abandonne jamais. »

Il a expliqué que cette vertu devient particulièrement importante dans les régions marquées par la guerre.

« Notre peuple souffre. Beaucoup de familles ont perdu leurs proches, leurs maisons ou leurs moyens de subsistance. Pourtant, le chrétien ne cesse jamais d’espérer. Notre espérance est plus forte que les armes, plus forte que la haine et plus forte que toutes les crises. »

Floribert Bwana Chui, un modèle pour la jeunesse

Monseigneur Willy Ngumbi a ensuite présenté le Bienheureux Floribert Bwana Chui Bin Kositi comme un modèle de courage pour toute la jeunesse africaine.

Il a rappelé que ce jeune laïc connaissait parfaitement les conséquences de son refus de la corruption, mais qu’il avait choisi de rester fidèle à sa conscience jusqu’au sacrifice suprême.

« Floribert nous enseigne qu’il est possible d’être jeune, compétent, croyant et honnête. Son intégrité lui a coûté la vie, mais aujourd’hui son témoignage continue d’éclairer des milliers de jeunes. Le véritable succès n’est pas de devenir riche à tout prix, mais de rester fidèle à Dieu et à sa conscience. »

L’évêque a invité les jeunes à refuser les raccourcis de la corruption, de la violence, de la haine et de toutes les formes d’injustice.

Les jeunes dialoguent avec leur évêque

La catéchèse s’est poursuivie par un échange direct entre les jeunes et leur pasteur.

Première question

Monseigneur, comment garder l’espérance lorsque nous avons perdu nos parents, nos maisons ou que nous vivons dans les camps de déplacés ?

Monseigneur Willy Ngumbi a répondu :

« L’espérance ne supprime pas les souffrances, mais elle leur donne un sens. Jésus lui-même a connu la souffrance avant la résurrection. Tant que Dieu vous donne la vie, votre histoire n’est pas terminée. Continuez à prier, à étudier, à travailler et à croire que Dieu peut ouvrir des chemins là où les hommes ne voient plus d’issue. »

Deuxième question

Comment être artisan de paix lorsque nous sommes entourés de haine, de vengeance et de discours qui divisent les communautés ?

L’évêque a expliqué :

« La paix commence par les petits gestes. Refusez les insultes, les fausses informations, les messages de haine sur les réseaux sociaux. Apprenez à dialoguer. Soyez ceux qui réconcilient plutôt que ceux qui divisent. Celui qui construit la paix dans sa famille construit déjà la paix pour toute la société. »

Troisième question

À l’ère de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux, comment un jeune chrétien peut-il rester fidèle à sa foi ?

En réponse, Monseigneur Willy Ngumbi a déclaré :

« Les nouvelles technologies sont des outils extraordinaires lorsqu’elles servent la vérité, l’éducation et l’évangélisation. Mais elles deviennent dangereuses lorsqu’elles éloignent de Dieu ou diffusent le mensonge. Soyez des jeunes capables de discerner. Utilisez vos téléphones pour apprendre, informer, évangéliser et promouvoir la paix. Ne laissez jamais les écrans remplacer votre relation avec Dieu, votre famille ou votre communauté. »

Une jeunesse appelée à devenir lumière pour la région des Grands Lacs

Cette première journée s’est achevée dans un climat de joie, de fraternité et de prière.

Au fil des enseignements, des ateliers, des célébrations liturgiques, des activités culturelles, des chants, des danses traditionnelles et des moments de partage, les jeunes continueront d’approfondir leur mission de témoins de l’espérance.

Dans une région longtemps meurtrie par les conflits, ce 15ᵉ Forum régional des jeunes apparaît comme un puissant message adressé aux peuples des Grands Lacs : la paix demeure possible lorsque les jeunes choisissent la fraternité, le dialogue, l’intégrité et l’Évangile comme fondements de leur engagement.

J-Rostand VUSANGI M

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