Les preuves liant les chauves-souris au virus Ebola restent insuffisantes, selon un expert de la faune sauvage.
Alors que la République démocratique du Congo fait face à une nouvelle flambée de la maladie à virus Ebola, les interrogations sur l’origine de cette redoutable infection refont surface. Comme lors des précédentes épidémies, les chauves-souris sont une nouvelle fois désignées par une partie de l’opinion publique comme les principales responsables de la transmission du virus. Pourtant, les données scientifiques disponibles ne permettent toujours pas d’établir un lien direct et définitif entre ces mammifères volants et l’émergence des épidémies d’Ebola chez l’homme.
C’est ce qu’affirme le Dr Paul Webala, professeur associé de biologie de la faune à l’Université Maasai Mara au Kenya et spécialiste reconnu des chauves-souris depuis plus de vingt ans. Dans un entretien accordé au média environnemental Mongabay, il invite à dépasser les préjugés et à s’appuyer sur des preuves scientifiques plutôt que sur la peur ou les rumeurs.
Des animaux souvent victimes de préjugés
Selon le scientifique, les chauves-souris figurent parmi les groupes de mammifères les plus importants de la planète. Elles représentent près d’un quart des espèces de mammifères connues et jouent un rôle essentiel dans le maintien de l’équilibre écologique.
Malgré leur importance, elles sont depuis longtemps associées à diverses croyances négatives dans plusieurs cultures. Mort, mauvais présages, sorcellerie ou encore malchance : de nombreux mythes continuent d’alimenter une perception défavorable de ces animaux.
« Les chauves-souris ne sont pas les seuls animaux à héberger des agents pathogènes. Les animaux domestiques, le bétail et de nombreuses espèces sauvages peuvent également être porteurs de maladies », rappelle Paul Webala.
Ebola : un lien scientifique encore non démontré
L’expert insiste sur une distinction importante souvent négligée dans les débats publics. Certaines études ont effectivement détecté des anticorps contre le virus Ebola chez certaines espèces de chauves-souris. Cependant, cela ne constitue pas une preuve qu’elles soient le réservoir naturel du virus.
« La présence d’anticorps signifie simplement que l’animal a été exposé à un agent pathogène. Cela ne démontre pas qu’il soit à l’origine de la maladie », explique-t-il.
Depuis les importantes épidémies enregistrées en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, des milliers de chauves-souris ont été capturées et analysées dans le cadre de recherches scientifiques. Malgré ces efforts considérables, aucun résultat n’a permis d’établir de manière concluante que les chauves-souris constituent le réservoir naturel des principaux virus Ebola affectant les populations humaines.
Pour le chercheur, affirmer avec certitude que les chauves-souris sont responsables d’Ebola revient donc à dépasser les limites actuelles des connaissances scientifiques.
La destruction des chauves-souris : une menace pour l’environnement
Les accusations répétées portées contre les chauves-souris ont parfois des conséquences dramatiques. Durant la pandémie de COVID-19, des colonies entières ont été détruites dans plusieurs régions du monde. Des grottes ont été enfumées, des arbres servant de refuges ont été abattus et des milliers de chauves-souris ont été exterminées sous l’effet de la peur.
Pourtant, ces animaux rendent des services écologiques indispensables.
Les chauves-souris insectivores consomment chaque nuit d’importantes quantités d’insectes nuisibles, notamment des ravageurs agricoles et certains moustiques vecteurs de maladies. Cette régulation naturelle permet de réduire les pertes agricoles et l’utilisation de pesticides.
De leur côté, les chauves-souris frugivores participent activement à la dispersion des graines dans les forêts tropicales. Elles contribuent ainsi à la régénération des écosystèmes dégradés et au maintien de la biodiversité.
Elles jouent également un rôle essentiel dans la pollinisation de nombreuses plantes africaines, notamment le baobab, souvent surnommé « l’arbre de vie ».
Détruire les habitats augmente les risques sanitaires
Contrairement à une idée largement répandue, éliminer les chauves-souris ne permet pas nécessairement de réduire les risques de maladies.
Selon Paul Webala, la principale menace provient plutôt de la destruction des habitats naturels. Lorsque les forêts sont dégradées ou détruites, les animaux sauvages sont contraints de se rapprocher des zones habitées par les humains, augmentant ainsi les possibilités de transmission d’agents pathogènes.
Le scientifique cite l’exemple d’une grotte en Ouganda associée au virus de Marburg. Les tentatives visant à chasser les chauves-souris de ce site ont eu pour conséquence leur dispersion vers d’autres régions, élargissant potentiellement la zone de circulation du virus.
« Perturber les colonies de chauves-souris peut parfois accroître les risques au lieu de les réduire », prévient-il.
Des alliées dans la lutte contre le changement climatique
Au-delà de leur rôle écologique, les chauves-souris pourraient également contribuer à la recherche médicale. Certaines espèces semblent capables de cohabiter avec différents agents pathogènes sans développer de formes graves de maladies, un phénomène qui suscite un intérêt croissant au sein de la communauté scientifique.
Par ailleurs, grâce à leur contribution à la régénération des forêts et à la pollinisation des plantes, elles participent indirectement à la lutte contre le changement climatique et au stockage du carbone dans les écosystèmes naturels.
Miser sur la science plutôt que sur la peur
Face aux nombreuses rumeurs qui accompagnent les épidémies d’Ebola, Paul Webala appelle les autorités sanitaires, les scientifiques et les médias à renforcer la sensibilisation du public.
Pour lui, la conservation de la biodiversité et la santé publique ne sont pas opposées, mais complémentaires. Une meilleure compréhension de la faune sauvage permettrait à la fois de protéger les écosystèmes et de réduire les risques sanitaires.
« La solution n’est pas la peur. Elle réside dans des décisions fondées sur des preuves scientifiques », conclut-il.
Alors que les recherches se poursuivent pour identifier avec certitude le réservoir naturel du virus Ebola, les spécialistes invitent à la prudence face aux accusations hâtives visant les chauves-souris. Ces animaux, souvent incompris, demeurent aujourd’hui des acteurs essentiels de l’équilibre écologique africain et mondial.
Cet article est rédigé dans un style journalistique adapté à la presse écrite, aux sites d’information ou aux magazines spécialisés en environnement et santé publique.