La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) tire la sonnette d’alarme face à l’aggravation de la 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo. Dans un communiqué publié à l’issue de son suivi de la situation épidémiologique, l’épiscopat congolais se dit profondément préoccupé par la progression rapide des contaminations et le nombre élevé de décès enregistrés depuis la déclaration de l’épidémie, le 15 mai 2026.
Selon les données officielles citées par la CENCO, la situation est passée de 53 cas confirmés en Ituri au 19 mai 2026 à 5 713 cas confirmés au 25 août, soit une progression spectaculaire en l’espace de trois mois. Le bilan fait également état de 2 744 décès, correspondant à un taux de létalité de 48 %, ainsi que 770 malades en isolement et 1 269 patients guéris.
Pour les évêques, ces chiffres pourraient encore évoluer à la hausse, notamment en raison de cas qui ne seraient pas déclarés dans certaines structures sanitaires, compliquant ainsi le suivi et la traçabilité des personnes touchées.
Face à cette situation, la CENCO présente ses condoléances aux familles ayant perdu leurs proches et exprime sa compassion à l’ensemble de la population congolaise ainsi qu’aux personnes actuellement prises en charge.
Dans son message pastoral, l’épiscopat rappelle une parole biblique destinée à réconforter les personnes éprouvées : « Ne crains pas car je suis avec toi ».
La CENCO salue également le courage des professionnels de santé et des bénévoles engagés dans la riposte, malgré des conditions de travail particulièrement difficiles.
L’Église catholique congolaise appelle par ailleurs à renforcer d’urgence les moyens consacrés à la riposte. Plusieurs établissements de santé seraient insuffisamment équipés en matériels de prévention et de protection, avec, dans certains cas, des ruptures de stocks répétées.
La CENCO rapporte également que certaines structures affirment n’avoir jamais reçu de matériel de protection. Une situation qu’elle juge particulièrement préoccupante, alors que plusieurs professionnels de santé ont déjà perdu la vie dans le contexte de cette épidémie.
À cette insuffisance matérielle s’ajoute la démotivation des agents de santé, confrontés notamment à une prise en charge financière et logistique jugée insuffisante. La CENCO estime urgent d’améliorer leur rémunération, leurs moyens de communication ainsi que leurs conditions de mobilité.
L’épiscopat congolais s’inquiète également de l’ampleur de la désinformation, de la mésinformation et de la sous-information autour de la maladie à virus Ebola.
Selon la CENCO, certaines personnes continuent d’attribuer la maladie à un mauvais sort ou à la sorcellerie. Elle pointe également du doigt certaines pratiques culturelles liées aux traitements et aux rites funéraires qui peuvent favoriser la transmission du virus.
Cette situation contribuerait à la résistance aux mesures de prévention et aurait parfois conduit à des agressions contre des agents de la riposte, voire à l’incendie de certains centres de traitement.
La situation sécuritaire que traverse la République démocratique du Congo constitue, selon l’épiscopat, un facteur aggravant qui complique davantage les efforts de lutte contre l’épidémie.
Face à l’extension de la maladie, la CENCO appelle la population congolaise à prendre la situation au sérieux et à respecter scrupuleusement les recommandations des autorités sanitaires.
Elle insiste notamment sur :
– le lavage fréquent des mains à l’eau et au savon ou l’utilisation d’un désinfectant à base d’alcool ;
– l’évitement des poignées de main, y compris lors de l’échange de paix dans les églises ;
– la cuisson suffisante des aliments ;
– l’interdiction de consommer la viande d’animaux morts ;
– la consommation d’aliments bien cuits et l’évitement des crudités ;
– l’évitement de tout contact avec le sang, les liquides biologiques et les tissus ayant appartenu à une personne malade ;
– la non-manipulation des corps des personnes décédées, qui doivent être pris en charge par les équipes compétentes ;
– l’orientation rapide vers un centre de santé de toute personne présentant des symptômes suspects, notamment la fièvre, les vomissements, la diarrhée, les saignements ou la présence de sang dans les urines.
La CENCO réitère également son appel aux directeurs des centres pastoraux diocésains et aux curés des paroisses afin qu’ils mettent en œuvre le plan de prévention et de lutte contre Ebola à travers les Communautés ecclésiales vivantes (CEV) et les Mouvements d’action catholique (MAC).
Chaque évêque diocésain est invité à travailler en collaboration avec les autorités sanitaires locales afin d’évaluer le niveau de risque dans son diocèse et d’adopter, si nécessaire, des mesures adaptées.
Ces mesures peuvent notamment concerner l’organisation des veillées mortuaires et l’adaptation de la liturgie des funérailles chrétiennes en fonction du niveau de risque épidémiologique.
Tout en exprimant sa gratitude au gouvernement congolais, au ministère de la Santé ainsi qu’aux partenaires nationaux et internationaux engagés dans la riposte, la CENCO annonce sa volonté de contribuer concrètement à la réponse.
Avec l’appui de Catholic Relief Services (CRS RDC), partenaire de la Conférence épiscopale des États-Unis, la CENCO prévoit notamment d’apporter du matériel aux Caritas diocésaines de la province de l’Ituri, notamment à Bunia, Wamba — antenne de Mambasa — et Mahagi-Nioka.
L’épiscopat exprime également sa reconnaissance au pape Léon XIV pour sa sollicitude envers le peuple congolais, ses prières et son appel à un renforcement du soutien de la communauté internationale.
Pour la CENCO, l’épidémie d’Ebola représente une épreuve majeure et une menace sérieuse pour la population congolaise. Mais elle refuse d’y voir une fatalité.
« Il nous faut nous mobiliser pour la combattre et la vaincre », conclut l’épiscopat congolais, appelant à une mobilisation collective en communion avec le pape Léon XIV.
La Rédaction