Face aux conséquences humanitaires de la crise sécuritaire qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo, les professionnels de santé sont appelés à renforcer leur synergie d’action pour garantir une prise en charge complète des patients. C’est dans cette optique que l’Union des Kinésithérapeutes du Congo, section Nord-Kivu (UKC/NK), a organisé, ce samedi 4 juillet 2026 à Goma, un atelier de formation consacré à « La collaboration interprofessionnelle des agents de santé pour une bonne prise en charge des patients dans le contexte des conflits armés ».
Cette rencontre a réuni une quarantaine de professionnels issus de plusieurs disciplines, notamment des médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, psychologues, orthoprothésistes et assistants sociaux. Tous avaient un objectif commun : promouvoir une approche multidisciplinaire capable d’assurer une prise en charge holistique des victimes de guerre, depuis les soins médicaux jusqu’à leur réinsertion dans la communauté.
Pour le président provincial de l’Union des Kinésithérapeutes du Congo, section Nord-Kivu, Jules Makuta, la réussite des soins dépend avant tout de la qualité de la collaboration entre les différents intervenants. Selon lui, l’atelier s’est inspiré d’un principe simple mais fondamental : « Bonne thérapie, bonne collaboration ; bonne collaboration, bonne thérapie. »

« Les personnels soignants qui interviennent auprès d’un patient ne devraient pas travailler chacun de son côté. Ils doivent échanger leurs idées afin d’assurer une prise en charge holistique. Tous doivent rester concentrés sur un même objectif : non seulement guérir le malade, mais aussi préparer son retour dans la communauté et favoriser son autonomisation », a-t-il expliqué.
Au-delà de l’hospitalisation, les échanges ont insisté sur la nécessité d’assurer un accompagnement durable des victimes des conflits. Les intervenants ont estimé qu’un patient ne devrait pas être abandonné une fois sorti de l’hôpital, particulièrement lorsqu’il porte les séquelles physiques ou psychologiques de la guerre.
À cet effet, Jules Makuta a rappelé que les psychologues, les assistants sociaux ainsi que les relais communautaires ont un rôle essentiel à jouer dans le suivi des anciens patients.
« Nous travaillons également avec la communauté afin de savoir comment l’ancien patient s’est réinséré dans la vie sociale. Les relais communautaires nous transmettent régulièrement des informations sur son évolution et, en cas de rechute, une nouvelle intervention peut être organisée », a-t-il précisé.

Cette vision a trouvé un écho auprès des autres professionnels présents. Un chirurgien intervenu au cours des travaux a souligné que, dans un contexte marqué par les violences armées, la coordination entre les différentes spécialités constitue une condition indispensable à l’efficacité des soins.
Selon lui, « un plan de contingence est toujours élaboré afin de permettre à tous les intervenants de travailler dans une même direction ». Les chirurgiens, souvent en première ligne lors de l’arrivée des blessés de guerre, ne peuvent à eux seuls répondre à l’ensemble des besoins des patients. Chaque professionnel apporte ainsi une expertise complémentaire, depuis l’acte chirurgical jusqu’à la rééducation fonctionnelle, le soutien psychologique et la réinsertion sociale.
Les participants ont d’ailleurs reconnu qu’aucun professionnel de santé, pris isolément, ne peut répondre à tous les défis auxquels font face les victimes des conflits armés. Une communication permanente entre les différents services permet d’éviter les ruptures dans le suivi des patients, les retards dans les soins, les complications thérapeutiques ainsi que l’aggravation des handicaps.
L’expérience quotidienne de cette collaboration a été illustrée par Madame Wivine Mukata, technicienne orthoprothésiste au Centre Shirika la Umoja. Elle a expliqué que la fabrication d’une prothèse ne peut intervenir sans une concertation préalable avec les autres spécialistes impliqués dans le traitement.
« Avant de confectionner une prothèse ou une orthèse, je dois consulter le médecin qui a réalisé l’amputation ainsi que le kinésithérapeute chargé de préparer le moignon. Si celui-ci n’est pas correctement préparé, plusieurs complications peuvent survenir. Et si, en tant qu’orthoprothésiste, je n’interviens pas, le patient risque tout simplement de rester à la maison avec son handicap », a-t-elle témoigné.
Pour cette professionnelle, cette manière de travailler constitue déjà une réalité au sein de son établissement de santé et produit des résultats encourageants.
« Je garde une très belle impression de cette formation. C’est un atelier très important. Dans notre centre, nous appliquons déjà cette collaboration et c’est ce qui explique notre réussite», a-t-elle déclaré, avant d’inviter la communauté à accueillir avec bienveillance les personnes vivant avec un handicap, notamment celles devenues victimes des conflits armés.

À travers cette initiative, l’Union des Kinésithérapeutes du Congo, section Nord-Kivu, s’engage pour contribuer au renforcement de la qualité des soins dans une province où les conflits armés continuent de faire de nombreuses victimes. Les organisateurs espèrent que cette culture de collaboration interprofessionnelle s’étendra progressivement à l’ensemble des structures sanitaires, afin d’offrir aux patients une prise en charge plus humaine, coordonnée et durable.
La Rédaction de J-Rostand VUSANGI M.