Ma nouvelle nomination dans la paroisse sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Kanyaruchinya me donne une occasion de recherche. Avec le Pape François qui exhortait que les homélies soient concises, alors comme prêtre qui fête le jubilé d’argent (25ans) d’ordination sacerdotale, je peux proposer aux confrères et à d’autres chrétiens de prendre l’essentiel.
Chers frères et sœurs, en ce 24e dimanche du Temps Ordinaire/A, la liturgie de la parole nous fait tourner autour de la vengeance et du pardon. Dieu seul peut nous donner la force du pardon, car le monde est marqué par la loi du Talion. Pire encore, on a tendance de rendre le mal au-delà de celui qui correspond au mal subi.
Dans la 1ère lecture (Si 27,30-28,7), très longtemps, le peuple juif a attendu de son Dieu la vengeance destructrice des ennemis. Puis la méditation s’est approfondie. Au cours du IIe siècle avant J.C, Ben Sirac le sage, affirme clairement la nécessité de pardonner. « Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis ». En effet, le prophète a compris ce qu’est la miséricorde divine et la compréhension pleine de compassion qu’a Dieu pour l’homme. « Si un homme nourrit de colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? ».
Dans la vie courante, la vengeance c’est la chose la plus naturelle qui soit. Lorsqu’on reçoit une gifle, on ressent une force instinctive qui fait que nous la rendons aussitôt en plus fort si possible. Elle est même souvent démesurée quand on ose toucher notre personne, c’est-à-dire la réalité que nous considérons comme sacrée. Les blessures qui nous sont infligées sont un crime de lèse-majesté. Elles sont donc impardonnables. Pour le chrétien il faut inverser le processus de la vengeance. Reflétant l’amour divin, il doit devenir celui qui pardonne. Il accepte que le pardon accordé à d’autres soit la mesure du pardon qu’il attend de Dieu, tout comme le pardon de Dieu mesure son pardon envers les autres.
Dans le Psaume responsorial qui a pour refrain : « Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de tendresse et d’amour ! », il s’agit de la manifestation de l’amour de Dieu, en particulier pour l’homme dont il connait la fragilité. « Il n’agit pas envers nous selon nos fautes ».
Dans la 2e lecture (Rm 14,7-9), Paul appelle les chrétiens à une existence où ils cessent de se centrer sur eux-mêmes. « Frères, aucun d’entre nous ne vit pour soi-même et aucun ne meurt pour soi-même ». Dans ce cadre, l’apôtre montre l’exigence d’une mort spirituelle qui est aussi la source de la vie. Le chrétien doit se montrer patient envers les faibles et de s’accepter aupres des uns et des autres sans se juger.
Dans l’évangile (Mt 18,21-35), Jésus dans son enseignement sur le pardon, donne la parabole du serviteur impitoyable. Par cette parabole, Jésus fait sentir l’abus des droits que nous nous arrogeons sur les autres. La dette que le mauvais serviteur refuse de remettre à son compagnon est ridicule, comparée à l’énorme somme dont son maître lui a fait cadeau.
En fait, Pierre s’interrogeait sur la limite du pardon. « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner?». Jésus répond en niant de façon provocante le bien-fondé d’une telle demande. « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois ». Dans les calculs, c’est 7 X70=490. Le pardon est sans limite. La pointe de l’argumentation est nette. Le serviteur pardonné devait aussi pardonner de la même manière que son maître. Sinon c’est la catastrophe : « Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût tout remboursé. C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur ».
Au cours de cette Eucharistie, demandons la grâce du pardon. Celui-ci ne vient que de Dieu et il est illimité. Evitons de faire des calculs quand nous pardonnons. Puisse la Très Sainte Vierge Marie intercéder pour nous auprès de son Fils afin d’entrer dans ce mystère du pardon.
Abbé Eugène HALERIMANA BAZIMENYERA
Paroisse sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Kanyaruchinya
Nyiragongo, le 13 septembre 2026