Homélie du 25e dimanche du Temps Ordinaire/A

Homélie du 25e dimanche du Temps Ordinaire/A

Ma nouvelle nomination dans la paroisse sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Kanyaruchinya me donne une occasion de recherche. Avec le Pape François qui exhortait que les homélies soient concises, alors comme prêtre qui fête le jubilé d’argent (25ans) d’ordination sacerdotale, je peux proposer aux confrères et à d’autres chrétiens de prendre l’essentiel.

 

Homélie du 25e dimanche du Temps Ordinaire/A

Chers frères et sœurs, en ce 25e dimanche du Temps Ordinaire/A, la liturgie de la parole nous invite au service tant qu’il est encore temps.

Dans la 1ère lecture (Is 55,6-69), le contexte historique d’Israël est décourageant. Exilés à Babylone, les Juifs mènent une difficile lutte pour le pain. Le second Isaïe fait alors briller l’espérance d’une modification radicale des conditions d’existence. Le jour viendra où chacun disposera de la nourriture dont il a besoin, et cela gratuitement. Mais il explique alors que ce monde merveilleux est lié à la conversion du cœur de l’homme rendu enfin capable de vivre selon les vues de Dieu. « Chercher le Seigneur tant qu’il se laisse trouver. Invoquez-le tant qu’il est proche ».

Malgré les difficultés de la vie, surtout ces derniers temps où il y a la crise économique dans beaucoup de familles, gardons l’espérance. Le secret du chrétien c’est la vertu de l’espérance.

 Dans le Psaume responsorial 144 qui a pour refrain : « Proche est le Seigneur de ceux qui l’invoquent », il s’agit de la gloire au Dieu d’Israël qui est tendresse et pitié. C’est lui qui fait voir ce qu’est la vraie justice, c’est-à-dire, l’attitude véritablement correcte à laquelle le Seigneur nous appelle. Mais, il faut invoquer le Seigneur en vérité.

Dans la 2e lecture (Ph 1,20-24.27a), parmi les lettres de la captivité, Paul est prisonnier et doit envisager l’hypothèse de sa mort prochaine. Saisi par le Christ, il en vient à souhaiter la mort. « En effet, pour moi, vivre c’est le Christ, et mourir est un avantage ». Pour Paul, la mort lui donnerait l’avantage de rencontrer enfin son Seigneur. Pourtant, empli d’un amour gratuit pour ses frères, désireux de s’identifier jusqu’au bout à son maître, il est prêt à reprendre sa tâche. Il a l’embarras de choix entre la mort et le service auprès de ses frères. « Je me sens pris entre les deux : je voudrais bien partir pour être avec le Christ, car c’est bien cela le meilleur ; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire». A nous aussi de travailler pour nos frères et sœurs dans nos différents ministère. Un exemple frappant est celui de la succursale saint Benoit vers Kihisi dans sa manière de travailler en commun. C’est un signe de foi.

Dans l’évangile (Mt 20,1-16a), il s’agit de la parabole des ouvriers de la 11e heure. Jésus s’adresse à des Juifs plein de bonne conscience à la pensée de leurs œuvres dont ils attendent la récompense, il leur oppose une autre façon de concevoir le salaire divin. Normalement, quand on parle du salaire c’est en fonction du travail abattu. Concernant le salaire divin, Dieu veut créer un univers où chacun sera accepté pour ce qu’il est, et non pour son rendement. Il montrera comment le brigand, s’ouvrant à l’amour au terme de sa vie, peut arriver dans le Royaume avant les hommes au cœur sec, fiers de leurs prétendus mérites. Il ne s’agit pas de l’injustice, mais de la bonté divine. «Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? ».  

Le Royaume de Dieu c’est un lieu où disparaissent les jeux humains du marché. Viendra le jour où on cessera de juger les êtres à partir de leur rendement économique mais où on les reconnaitra pour eux-mêmes. C’est pourtant cette utopie que Jésus affirme. Elle doit être le fruit d’une modification radicale des vues humaines, sous les poussées de l’Esprit venant manifester le règne de l’amour gratuit dans le monde. Bref, l’homme ne doit pas travailler seulement à la mesure de la rétribution attendue. C’est comme dans chaque Eucharistie qui est l’affirmation d’un univers de gratuité. Le pain est donné gratuitement. «Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri ». L’Eucharistie c’est une vie livrée pour nous, pécheurs. Elle est un signe merveilleux d’un monde où règne la gratuité de l’amour. En y participant, nous annonçons cet avenir et nous commençons à en vivre. Mais que faisons-nous pour que cette utopie prenne déjà corps dans notre monde ? A chacun de méditer et de voir là où il ne poursuit que les jeux d’intérêts, les jeux de « nipe nikupe burafiki bukolee » (Tu me donnes, je te donne pour que l’amitié continue).

     Au cours de cette Eucharistie, demandons la grâce du service sans attendre la récompense. Essayons de vivre cette utopie de gratuité de l’amour. Puisse la Très Sainte Vierge Marie intercéder pour nous auprès de son Fils qui s’est livré gratuitement pour nous. 

Abbé Eugène HALERIMANA BAZIMENYERA

Paroisse sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Kanyaruchinya

Nyiragongo, le 20 septembre 2026

Partager