
Le gouvernement provincial de Kinshasa poursuit sa politique de réorganisation des espaces commerciaux de la capitale. Lors du Conseil des ministres provincial tenu le 6 juillet 2026, le ministre des Infrastructures et Travaux publics de la ville, Alain Tshilungu, a annoncé que l’actuel jardin zoologique de Kinshasa sera prochainement remplacé par un marché moderne doté d’un vaste parking.
Selon le ministre, les études techniques sont déjà achevées et les travaux pourront être lancés dans les prochains jours. Il a toutefois précisé que le jardin zoologique ne disparaîtra pas définitivement, mais qu’il sera transféré vers un autre site dont les modalités restent à préciser.
D’après les autorités provinciales, ce nouveau marché répond à une nécessité devenue urgente après les différentes opérations de démolition des marchés pirates menées dans plusieurs communes de la capitale. L’objectif est de créer des infrastructures modernes capables d’accueillir les commerçants dans des conditions plus décentes, d’améliorer la circulation urbaine et de mettre fin à l’occupation anarchique des espaces publics.
Le gouvernement provincial indique également que les études d’autres infrastructures commerciales, notamment le futur marché de l’Université pédagogique nationale (UPN), sont également achevées. Ces projets s’inscrivent dans les orientations données par le Président de la République visant à moderniser les marchés de Kinshasa, renforcer l’assainissement urbain et améliorer les conditions de travail des opérateurs économiques.
Si les autorités mettent en avant les avantages économiques du projet, son annonce suscite déjà de nombreuses interrogations au sein de la population, des défenseurs de l’environnement et des amoureux du patrimoine de la capitale.
Le jardin zoologique de Kinshasa ne constitue pas seulement un terrain destiné à accueillir des animaux. Depuis plusieurs décennies, il représente un patrimoine historique, scientifique, éducatif et environnemental. Des milliers d’élèves, d’étudiants et de visiteurs y découvrent la faune congolaise et développent une sensibilité à la protection de la biodiversité. Pour de nombreuses familles, ce site demeure également un espace de détente, de loisirs et de découverte de la nature au cœur d’une métropole fortement urbanisée.
La perspective de voir disparaître cet espace historique fait naître plusieurs inquiétudes. Beaucoup redoutent que le transfert annoncé du jardin zoologique ne se traduise par une longue période de fermeture, voire par des difficultés à reconstituer un site offrant les mêmes conditions d’accueil pour les animaux. Le déplacement d’espèces animales exige en effet une planification rigoureuse, des infrastructures adaptées, un personnel qualifié et des ressources financières importantes afin d’éviter des risques pour leur bien-être.
D’autres préoccupations concernent la réduction des espaces verts dans une ville confrontée à une urbanisation rapide. Les spécialistes de l’environnement rappellent que les espaces naturels jouent un rôle important dans la régulation des températures, la qualité de l’air, la préservation de la biodiversité et le bien-être des habitants. La disparition d’un tel site, même compensée par une délocalisation, pourrait avoir des conséquences sur l’équilibre écologique du centre-ville si le nouveau jardin zoologique n’est pas aménagé dans des conditions équivalentes ou meilleures.
Sur le plan culturel, plusieurs citoyens craignent également la perte d’un symbole historique de Kinshasa. Pour de nombreuses générations, le jardin zoologique fait partie de la mémoire collective de la capitale. Il évoque des souvenirs d’enfance, des sorties scolaires et des visites familiales qui ont marqué plusieurs décennies.
À cela s’ajoutent des interrogations sur la destination des animaux pendant la période des travaux, le calendrier précis de leur transfert, les garanties offertes pour leur protection ainsi que le choix du futur site d’implantation. Plusieurs observateurs estiment que ces éléments devront être communiqués de manière transparente afin de rassurer la population.
À l’inverse, d’autres voix considèrent que ce projet pourrait répondre à un véritable besoin économique. La capitale connaît une croissance démographique soutenue, accompagnée d’une forte augmentation des activités commerciales. La création d’un marché moderne permettrait d’améliorer les conditions de travail des commerçants, de renforcer l’hygiène, de réduire le commerce informel et de fluidifier la circulation grâce à des espaces de stationnement adaptés.
Le principal défi sera donc de trouver un équilibre entre le développement économique et la préservation du patrimoine naturel. Pour de nombreux observateurs, la réussite de ce projet dépendra de la capacité des autorités à garantir une délocalisation effective et rapide du jardin zoologique, avec des installations modernes répondant aux normes de protection animale, tout en offrant aux commerçants un marché digne des ambitions de modernisation de la capitale.
Au-delà des débats, cette décision relance une réflexion plus large sur l’aménagement urbain de Kinshasa : comment construire une ville moderne sans sacrifier les espaces naturels, le patrimoine historique et les lieux d’éducation environnementale qui participent également à la qualité de vie des générations présentes et futures.
J-Rostand VUSANGI MWITSIKULU