LES NANDE ET L’ITURI : HISTOIRE, PRÉSENCE ET NÉCESSITÉ DU DIALOGUE

LES NANDE ET L’ITURI : HISTOIRE, PRÉSENCE ET NÉCESSITÉ DU DIALOGUE

Pour une meilleure connaissance de l’histoire commune entre les communautés

La question des relations entre les Nande et la province de l’Ituri mérite, selon plusieurs témoignages, d’être abordée à partir de l’histoire, du dialogue et de la connaissance des réalités qui ont façonné les communautés de cette région.

L’objectif ne devrait pas être d’opposer les populations, mais de permettre aux différentes communautés de mieux comprendre leur histoire commune. La création d’un cadre de dialogue réunissant les différentes associations et communautés culturelles pourrait contribuer à documenter cette histoire et à réduire les incompréhensions.

Des frontières administratives héritées de l’époque coloniale

Selon le témoignage recueilli, les frontières administratives actuelles n’ont pas été définies par les communautés elles-mêmes. Durant la période coloniale, les autorités belges ont procédé à différentes réorganisations administratives et territoriales.

Ainsi, certaines communautés se sont retrouvées réparties entre plusieurs entités administratives. Une même communauté pouvait être présente dans plusieurs territoires, tandis qu’une même province pouvait regrouper différentes communautés.

L’histoire administrative de l’Ituri illustre cette réalité. Le district de l’Ituri, créé sous l’administration belge, a connu plusieurs modifications. En 1933, il aurait notamment été transformé en district de Kibali-Ituri, une entité qui englobait alors des territoires qui appartiennent aujourd’hui au Nord-Kivu, notamment Beni et Lubero.

Le chef-lieu de cette entité était Irumu. Cette organisation administrative montre que les limites provinciales actuelles ne correspondent pas nécessairement aux réalités historiques des populations.

Illustration Photos Google.

Une présence nande en Ituri qui remonterait à plusieurs décennies

Le témoignage évoque également la présence ancienne des Nande en Ituri. Selon cette présentation, des travailleurs provenant notamment de Beni et de Lubero auraient été déplacés vers différents territoires du district de Kibali-Ituri, notamment Irumu, Djugu et Mambasa, dans le cadre de l’organisation de la main-d’œuvre durant la période coloniale.

Cette présence remonterait aux années 1920. Des Nande auraient ainsi participé à différents travaux et activités liés au développement des centres administratifs et économiques de la région.

Irumu occupe une place particulière dans ce récit historique. Certaines constructions réalisées à l’époque coloniale auraient bénéficié de la participation de cette main-d’œuvre.

Cette histoire soulève une question importante : après plusieurs générations de présence, de naissance, d’installation et de constitution de familles en Ituri, comment considérer les descendants de ces populations qui y vivent encore aujourd’hui ?

Pour les défenseurs de cette lecture historique, cette question doit être examinée sans passion et à partir des archives, des témoignages et des recherches historiques.

Le passage du roi Baudouin à Bunia

Un autre épisode évoqué concerne la visite du roi Baudouin en Ituri en 1955.

Selon le témoignage, l’administration coloniale avait alors préparé l’accueil du souverain belge à Bunia dans une résidence appartenant à une famille nande, présentée sous le nom de Papa Maes et Marthe.

Le récit rapporte également qu’au moment de cette visite, un enfant venait de naître dans la famille. La reine Charlotte aurait donné son prénom à cette enfant, qui aurait été appelée Charlotte.

Cet épisode est présenté comme un élément de l’histoire de la présence nande à Bunia et comme un exemple de relations qui auraient existé entre certaines familles nande et les autorités de l’époque.

Ces éléments historiques, qui mériteraient d’être confrontés aux archives et aux sources disponibles, sont présentés comme une invitation à approfondir la connaissance de l’histoire des communautés de l’Ituri.

Mambasa, une autre dimension de cette histoire

La question de la présence des Nande se pose également dans le territoire de Mambasa.

Le témoignage souligne que différentes communautés étaient déjà identifiées dans cette région durant la période coloniale. Certains noms attribués à des avenues et à des espaces auraient notamment fait référence à différentes communautés et personnalités historiques.

Cette organisation administrative et sociale témoignerait, selon cette lecture, de la diversité des populations présentes dans la région.

L’histoire de Mambasa doit donc être étudiée à partir des archives, des documents administratifs, des traditions orales et des témoignages des différentes communautés.

Une telle démarche permettrait de distinguer les faits historiques établis des récits ou interprétations apparus plus récemment.

Les droits coutumiers et la participation politique

Le débat sur la présence des Nande en Ituri ne concerne pas uniquement l’histoire. Il touche également aux questions coutumières et politiques.

Il convient, selon le témoignage, de distinguer le pouvoir coutumier du pouvoir politique. Le pouvoir coutumier obéit à des règles propres, notamment celles liées à la succession et à la tradition. La participation politique, quant à elle, relève du cadre constitutionnel, légal et électoral.

Dans cette perspective, la présence durable d’une communauté dans un territoire pose également la question de sa participation à la vie sociale et politique de ce territoire.

Les personnes vivant dans une province ou un territoire peuvent participer à la vie politique conformément aux lois de la République. La question devrait donc être abordée à travers les mécanismes démocratiques, les élections, les programmes politiques et la représentation des citoyens.

Vue aérienne du fleuve Congo

Repenser les stratégies politiques

Le témoignage appelle également les acteurs politiques de l’Ituri à réfléchir à leurs stratégies.

Plutôt que de présenter les relations entre communautés uniquement sous l’angle de la confrontation, il propose de travailler sur la mobilisation citoyenne, les programmes politiques, la participation électorale et la représentation institutionnelle.

Dans un système électoral, chaque communauté et chaque citoyen disposent de moyens légaux pour défendre leurs intérêts : participation aux élections, présentation de candidats, création ou adhésion à des formations politiques et mobilisation autour de programmes.

La représentation politique doit ainsi être recherchée à travers les mécanismes prévus par la loi, plutôt qu’à travers l’exclusion d’une communauté en raison de son origine.

Pour une histoire commune plutôt qu’une logique d’affrontement

Au-delà des divergences politiques et communautaires, l’enjeu principal demeure la connaissance de l’histoire.

Les populations de l’Ituri et du Nord-Kivu partagent des espaces historiques, des relations économiques, des déplacements de populations et des liens familiaux qui ne correspondent pas toujours aux frontières administratives actuelles.

Les Nande ne constituent donc pas une réalité exclusivement limitée à une seule province. De même, d’autres communautés présentes en Ituri entretiennent des liens avec les territoires voisins.

Cette réalité historique appelle davantage de dialogue entre les communautés.

Il serait notamment utile que les chercheurs, les historiens, les associations culturelles, les autorités coutumières et les acteurs de la société civile puissent travailler ensemble à la collecte et à la conservation des archives et des témoignages.

L’histoire des relations entre les Nande et l’Ituri demeure une question qui mérite d’être étudiée avec sérieux et sans instrumentalisation.

La connaissance du passé peut permettre de mieux comprendre la présence des différentes communautés, leurs déplacements, leurs contributions et leurs relations au fil des générations.

Dans un contexte où certaines questions communautaires et politiques peuvent provoquer des incompréhensions, le dialogue, la recherche historique et la consultation des sources apparaissent comme des moyens de favoriser une meilleure compréhension mutuelle.

L’enjeu n’est pas de déterminer quelle communauté serait plus légitime qu’une autre, mais de comprendre comment les différentes populations en sont venues à partager cet espace et comment elles peuvent continuer à vivre ensemble dans le respect des lois, de l’histoire et des droits de chacun.

Pour tout témoignage, écoutons les audios de Monsieur Adelard KIBWANA, né d’un père nande et d’une mère iturienne:

La Rédaction

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