Mot sur mes 25 ans de sacerdoce

Mot sur mes 25 ans de sacerdoce

Quand l’âge avance dans une carrière, on est tenté de faire un bilan. Dans un petit livre intitulé : Jubilé de 25 ans de sacerdoce (29 juillet 2001au 29 juillet 2026) ; l’Abbé Eugène présente les étapes de sa mission dans le diocèse de Goma. Une expérience qui peut éclairer les générations futures. De Mgr Gaspard Kajiga, Mgr Patient Kanyamachumbi, qui aimaient écrire, voilà quelqu’un qui a osé imiter ces grands baobabs.  Propos recueillis par un journaliste du milieu. 

Jubilé de 25 ans de sacerdoce : Abbé Eugène Halerimana  (29 juillet 2001 au 29 juillet 2026)

« A qui irions-nous, Seigneur ?» (Jn 6,68-69)

Un journaliste : Dans l’introduction de votre petit livre qui raconte votre parcours comme prêtre dans le diocèse de Goma, vous voulez rendre grâce à Dieu. Pourquoi ? 

Abbé Eugène H : Faire un jubilé de 25 ans, c’est une action de grâce, un moment de joie dans la vie et surtout dans la vie consacrée. ‘’Oh temps suspends ton vol’’. Pour dire que l’âge avance. Nous avons assisté aux jubilés d’autres confrères quand nous étions jeunes, on ne pensait pas qu’on devait avoir notre tour. Un proverbe dit : ‘’A chacun son tour chez le coiffeur’’, on ne pensait pas à notre jubilé. On était presque distrait par le ministère et l’activisme. Peut-être vouloir à tout prix corriger les aînés car on avait la force et beaucoup d’idées en tête. ‘’Festina lente’’ (hâtez-vous lentement), il faut laisser le temps au temps.

Un journaliste: ‘’A chacun son tour chez le coiffeur’’, vous semblez briser la distraction et comme disait l’Abbé Félicien Mwunvaneza ‘’il faut être réaliste’’. Qu’est-ce cela veut dire ?

Abbé Eugène H : Le présent livret vient briser la distraction. C’est maintenant mon jubilé de sacerdoce de 25 ans, les idées changent. Comme nous disait l’Abbé Félicien Mwunvaneza Gahorero ‘’Il faut être réaliste’’. Avant ce temps, on croyait convertir tout le monde, opérer des miracles même, à l’instar des disciples de Jésus, joyeux, après leur ministère quand ils ont vu Satan tomber du ciel et que les esprits mauvais leur obéissaient. Mais aujourd’hui la réponse de Jésus aux disciples: « Réjouissez-vous, car vos noms sont inscrits dans le Ciel’’, cette joie est la nôtre aujourd’hui à 25 ans de notre sacerdoce.

Un journaliste  : Monsieur l’Abbé, à propos de votre devise, il y a l’histoire d’une vocation. Vous pouvez nous expliquer un peu ?

 Abbé Eugène H : 

 Ma devise ‘’A qui irions-nous Seigneur’’ (Jn 6,68-69) a une grande signification tout au long de mon cheminement. Cette devise s’accompagnait d’un autre verset biblique : ‘’Pour eux je me consacre’’ (Jn 17, 19). Travailler dans le diocèse de Goma ce n’était pas facile avec son histoire chargée. Il ne faut pas abandonner. Comme disent les anglophones : ‘’Never give up’’ (Ne jamais abandonner). Des luminaires qui nous ont aidés pour mieux servir le peuple malgré les crises, les hauts et les bas, les joies et les peines. Nous avons connu toutes les guerres en direct. On dirait nous étions toujours aux différents fronts. Voilà pourquoi on connait beaucoup d’acteurs dans ces crises qui sont devenues idéologiques difficiles à maîtriser jusqu’à chercher la solution au-delà des mers. 

Un journaliste: Monsieur l’Abbé, vous avez connu toutes ces guerres en direct. Qu’est-ce que vous avez gagné comme expérience ?

Abbé Eugène H : 

Je dirai beaucoup d’expériences d’un prêtre qui doit vivre la résilience au lieu de murmurer comme les Hébreux dans le désert se souvenant d’Egypte : « Nous mangions la viande et les ognons ». Pour le prêtre la tentation est toujours là, croire qu’en dehors du ministère sacerdotal c’est mieux. Cette ‘servitude volontaire’ est difficile de s’en sortir sans la grâce. Le secret de la Sainte Vierge Marie à Cana m’a toujours réconforté. Toutes les crises, je les ai présentées dans sa demande : «Ils n’ont plus de vin ». Jésus répondait directement même si son heure n’était pas encore arrivée. C’est une grande prière de demande que j’ai beaucoup utilisé. Je ne peux que la proposer aux jeunes confrères. Ne jamais se décourager. Nous sommes des enfants de prédilection de Marie.

Un journaliste : Monsieur l’Abbé, somme toute, à 25 ans de sacerdoce qu’est-ce qui vous reste à faire ?

Abbé Eugène H : 

Ecoutez, à 25 ans de sacerdoce, il faut commencer à projeter la retraite, si retraite il y a pour un prêtre (65 ans), car on est au service jusqu’à la mort. Ce qui reste, c’est d’aider la communauté diocésaine avec l’expérience acquise. ‘’Si jeunesse savait, et si vieillesse pouvait’’, c’est l’occasion de méditer encore ce proverbe. Le livret s’articule sur mon curriculum vitae, les extraits de mon livre autobiographique Au-delà des montagnes de Masisi. Ça serait toute une longue histoire si je dois tout raconter sur mes 25 ans de sacerdoce. On aura une autre occasion pour témoigner.

La Rédaction. 

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