Mugunga : Les femmes de la Synergie Femmes, Paix et Sécurité appellent à investir dans la paix au quotidien

Mugunga : Les femmes de la Synergie Femmes, Paix et Sécurité appellent à investir dans la paix au quotidien

À Mugunga, dans la périphérie de Goma, les femmes de la Synergie Femmes, Paix et Sécurité (SFPS) ont célébré, ce 25 septembre 2026, la Journée internationale de la paix autour d’un appel à l’action : « Investir dans la paix pour tous, partout et chaque jour ». Une rencontre qui a permis de mettre en lumière la résilience des femmes, leur contribution à la cohésion sociale et la nécessité d’écouter davantage leurs voix dans la recherche d’une paix durable à l’Est de la République démocratique du Congo et dans la région des Grands-Lacs.

La Journée internationale de la paix, célébrée chaque année le 21 septembre, a connu une célébration particulière à Mugunga. Quelques jours après cette date, les membres de la Synergie Femmes, Paix et Sécurité ont choisi de se retrouver dans cette partie périphérique de Goma afin de porter le message de paix au plus près des communautés confrontées aux conséquences des crises et des violences.

Le choix de Mugunga n’était pas anodin pour les organisatrices. Il s’agissait notamment de valoriser les compétences, les initiatives et la résilience des femmes vivant dans cette partie de la ville, dont plusieurs continuent à jouer un rôle important dans la survie et la reconstruction de leurs familles et communautés.

À travers des échanges, des panels, des témoignages et des activités de sensibilisation, les participantes ont rappelé que la paix ne peut être réduite à l’absence des affrontements. Elle doit également se traduire par la sécurité des personnes, la cohésion entre les communautés, le respect des droits, la participation des femmes et des jeunes ainsi que la possibilité pour chaque citoyen de contribuer à la reconstruction de son milieu.

La SFPS, une plateforme qui place les femmes au cœur de la recherche de la paix

Prenant la parole au début de l’activité, Madame Rachel MULULU KISONIA, Point Focal de la Synergie Femmes, Paix et Sécurité, a rappelé l’historique de cette structure et les différentes expériences accumulées au fil des années.

Elle a notamment expliqué que la SFPS a déjà participé à plusieurs ateliers, forums régionaux, nationaux et intercommunautaires consacrés à la paix, à la cohabitation pacifique et à la cohésion sociale.

Pour elle, ces différentes rencontres ont permis aux femmes de mieux comprendre leur rôle dans les processus de paix et de faire entendre leurs préoccupations dans des espaces où leur participation reste nécessaire.

Interrogée par la rédaction de Base Info 450, Rachel MULULU KISONIA est revenue sur le rôle majeur de la Synergie : favoriser la participation effective des femmes dans la recherche de la paix et leur permettre de contribuer aux réponses apportées aux crises qui touchent leurs communautés.

Elle a insisté sur le fait que les femmes ne doivent pas seulement être considérées comme des victimes des conflits. Elles sont également des actrices capables de prévenir les tensions, de rapprocher les communautés, de sensibiliser les jeunes, de soutenir les familles et de participer à la reconstruction du tissu social.

Revenant sur le thème de cette année, « Investir dans la paix pour tous, partout et chaque jour », le Point Focal a appelé à considérer la paix comme un engagement quotidien. Selon cette vision, investir dans la paix signifie notamment investir dans le dialogue, l’éducation, la protection des personnes vulnérables, l’autonomisation des femmes et des jeunes ainsi que dans les initiatives locales capables de rapprocher les communautés.

La paix, a-t-elle laissé entendre, ne devrait pas être recherchée uniquement lorsque les armes parlent ou lorsque les tensions deviennent visibles. Elle doit être construite chaque jour, dans les familles, les quartiers, les écoles, les associations et les espaces communautaires.

À Mugunga, la résilience des femmes mise en avant

La rencontre a également constitué un espace de reconnaissance pour les femmes de Mugunga, qu’elles soient fondatrices d’organisations, paysannes, entrepreneures ou engagées dans différentes initiatives communautaires.

Dans une zone où les difficultés économiques et sociales s’ajoutent aux conséquences des crises, ces femmes continuent à développer des mécanismes de survie et de solidarité.

Les différents panels organisés au cours de l’activité leur ont ainsi rendu hommage pour leur capacité à tenir debout malgré les épreuves et à continuer à apporter leur contribution à la vie de leurs familles et de leurs communautés.

Madame Nicole OWANGA Coordinatrice de HUMAN AID IN ACTION, a, à son tour, pris la parole pour évoquer la situation vécue par les femmes de la contrée. Son intervention a mis en avant la nécessité de reconnaître les efforts de ces femmes et de leur donner davantage d’espace dans les initiatives visant à construire la paix.

Son témoignage a également rappelé qu’au-delà des grands discours sur la paix, celle-ci doit prendre en compte les réalités quotidiennes des femmes : leurs difficultés économiques, leurs responsabilités familiales, leur sécurité et leur participation à la vie communautaire.

Des communautés vulnérables appellent à ne pas oublier la paix

La communauté locale, composée en grande partie de personnes vulnérables, a également exprimé sa reconnaissance envers les organisations membres de la Synergie Femmes, Paix et Sécurité.

Deux femmes de la communauté ont pris la parole pour remercier les organisatrices d’avoir choisi Mugunga comme lieu de cette célébration.

Leurs interventions ont traduit une réalité souvent moins visible dans les grands espaces de discussion : pour les populations vivant dans les zones affectées par les crises, la paix est d’abord une nécessité quotidienne.

Elle signifie pouvoir vivre sans peur, prendre soin de ses enfants, exercer une activité économique, accéder aux services essentiels et envisager l’avenir avec davantage de confiance.

À travers ces témoignages, les participantes ont rappelé que les communautés vulnérables ne veulent pas seulement entendre parler de paix. Elles souhaitent également être associées aux efforts visant à la construire et à la préserver.

Les jeunes appelés à se désolidariser des antivaleurs

La jeunesse n’a pas été laissée en marge de cette activité. Pour véhiculer les messages de paix et de cohésion sociale, un groupe de jeunes a présenté un sketch devant les participants.

Chaque rôle joué au cours de cette représentation a porté un message destiné à sensibiliser la communauté sur les comportements susceptibles de fragiliser la paix.

Cette expression artistique a permis d’aborder autrement les questions liées à la cohabitation, au respect mutuel, au rejet de la violence et à la responsabilité individuelle dans la construction d’une société plus pacifique.

Plusieurs jeunes membres de la structure ont également livré leur message.

Ils ont notamment appelé leurs pairs à soutenir les initiatives de paix, à répondre aux appels lancés par celles et ceux qui œuvrent pour son retour et à se désolidariser des antivaleurs susceptibles d’alimenter les divisions et les violences.

Pour ces jeunes, leur génération ne devrait pas rester spectatrice des crises qui affectent leur environnement. Elle doit plutôt contribuer à la recherche de solutions, promouvoir le dialogue et refuser les comportements qui peuvent aggraver les tensions entre les communautés.

« La paix est une urgence à l’Est de la RDC »

La synthèse générale de l’activité a été présentée par une équipe dirigée par Guershom MUBALAMA, Chargéde plaidoyer au sein de l’organisation ADAP, et Madame NYOTA USHINDI, Coordinatrice Nationale de CERAO RDC. Dans leur contribution, ils ont insisté sur la nécessité de transformer les appels à la paix en engagements concrets.

« Tous ceux qui sont à la recherche de paix et qui plaident pour son retour devraient savoir que la paix est une urgence à l’Est de la RDC. Si les femmes parlent, c’est qu’elles ont vraiment souffert. Il faut écouter leurs voix. »

Ce message résume l’une des principales préoccupations exprimées au cours de cette journée : donner une véritable place à la parole des femmes dans les processus de paix.

Dans les zones affectées par les crises, les femmes sont souvent au premier rang des conséquences sociales et humanitaires. Elles voient leurs familles se fragiliser, leurs activités économiques perturbées et leurs communautés divisées. Mais elles sont également parmi celles qui maintiennent les liens sociaux et cherchent des solutions au niveau local. Les écouter revient donc à prendre en compte une partie importante de la réalité vécue par les communautés.

Investir dans la paix avant qu’il ne soit trop tard

À Mugunga, le message porté par la SFPS dépasse ainsi le cadre d’une simple célébration. Il rappelle que la paix dans la région des Grands-Lacs ne pourra être durable que si elle devient une responsabilité partagée.

« Investir dans la paix » signifie aussi donner des moyens aux organisations communautaires, soutenir les femmes et les jeunes, renforcer le dialogue et combattre les discours et pratiques qui favorisent la division.

La paix ne se construit pas seulement dans les salles de conférence. Elle se construit également dans les quartiers, au sein des familles, dans les écoles, dans les associations et à travers les initiatives portées par les communautés elles-mêmes.

Le choix de Mugunga aura donc permis de déplacer le centre de l’attention vers celles et ceux qui vivent quotidiennement les conséquences des crises.

La prévention sanitaire au rendez-vous

Cette activité consacrée à la paix s’est également déroulée avec une attention particulière aux mesures d’hygiène, dans un contexte de crise sanitaire liée au virus Ebola en République démocratique du Congo.

Les organisatrices et les participants ont appliqué plusieurs mesures barrières, notamment la distanciation physique, le lavage des mains et la désinfection.

Cette précaution a permis de rappeler que la protection des populations reste indissociable des efforts de paix. La sécurité d’une communauté ne concerne pas uniquement l’absence de violences : elle comprend également la protection de la santé et la prévention des risques qui peuvent toucher les populations vulnérables.

À Mugunga, la Journée internationale de la paix 2026 aura ainsi été un espace de parole, de reconnaissance et de sensibilisation. Mais elle aura surtout porté un avertissement : dans une région où les populations continuent de subir les conséquences des crises, investir dans la paix ne peut plus être considéré comme une action occasionnelle.

La paix doit être recherchée pour tous, partout et chaque jour. Et dans cette recherche, les voix des femmes et des jeunes ne peuvent être reléguées au second plan.

J-Rostand VUSANGI M,

Partager