Plusieurs carcasses d’hippopotames ont été découvertes dans la rivière Semuliki, dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu. Après plusieurs jours d’analyses, l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) a confirmé que cette mortalité est due au charbon bactéridien, également appelé anthrax. Les autorités appellent les populations riveraines à éviter tout contact avec les carcasses et à ne pas utiliser l’eau située à proximité des animaux morts, qui pourrait être contaminée.
BENI, 30 septembre 2026 — L’inquiétude grandit dans les communautés riveraines de la rivière Semuliki, dans le territoire de Beni, après la découverte de plusieurs hippopotames morts dans cette rivière. Alors que l’origine de cette mortalité était encore inconnue lors des premières alertes lancées le 24 septembre, les analyses réalisées conjointement par les vétérinaires de Virunga Doctors et les équipes de l’ICCN ont désormais permis d’identifier la cause des décès : le charbon bactéridien, ou anthrax.
Cette confirmation intervient quelques jours après que l’ICCN eut appelé les populations vivant le long de la Semuliki à la plus grande vigilance. L’institution avait alors demandé aux habitants de ne pas toucher, déplacer, découper, enterrer ou brûler les carcasses retrouvées dans la rivière ou sur ses rives.
L’anthrax est une maladie infectieuse provoquée par la bactérie Bacillus anthracis. Elle peut affecter les animaux sauvages et domestiques et se transmettre à l’être humain dans certaines circonstances, notamment lors du contact avec des animaux infectés ou leurs produits contaminés.
Dans le cas de la Semuliki, les analyses menées par les équipes de l’ICCN et les vétérinaires de Virunga Doctors ont confirmé que le charbon bactéridien est responsable de la mort des hippopotames. Un protocole de riposte a été mis en place afin de limiter la propagation de la maladie.
Cette situation rappelle le précédent épisode d’anthrax enregistré dans la région du lac Édouard en 2025. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, cet épisode avait notamment touché des hippopotames et des buffles dans le Parc national des Virunga. Des échantillons prélevés sur des carcasses avaient alors permis de détecter Bacillus anthracis.
Au-delà de la mortalité des hippopotames, la présence de plusieurs carcasses dans la rivière soulève une autre inquiétude : la qualité de l’eau utilisée par les communautés riveraines.
Il serait toutefois imprudent d’affirmer, sans analyse de laboratoire, que toute l’eau de la rivière Semuliki est « empoisonnée ». En revanche, l’eau située à proximité des carcasses doit être considérée comme potentiellement contaminée et impropre à une utilisation sans précaution, notamment en raison du risque lié aux spores de la bactérie responsable de l’anthrax.
Les autorités ont précisément recommandé aux populations d’éviter l’utilisation de l’eau à proximité des carcasses et de privilégier une source d’eau sûre ou correctement traitée.
Sur le plan scientifique, cette précaution est justifiée : le CDC indique que l’être humain peut être exposé à l’anthrax en consommant de l’eau contaminée par des spores de Bacillus anthracis. Les animaux peuvent également être infectés en consommant ou en buvant de l’eau contaminée.
Ainsi, l’eau proche des hippopotames morts pourrait être contaminée, même si cela ne signifie pas que l’ensemble de la rivière est contaminé. Des analyses spécifiques de l’eau seraient nécessaires pour déterminer l’étendue éventuelle de cette contamination.
Face à cette situation, l’ICCN demande aux habitants de ne pas manipuler les carcasses et de ne pas consommer, acheter, vendre ou transporter la viande provenant d’animaux retrouvés morts ou malades. Les enfants, le bétail et les animaux domestiques doivent également être tenus éloignés des zones concernées.
Ces précautions sont particulièrement importantes dans une région où la consommation de viande provenant d’animaux morts peut constituer un facteur d’exposition. L’OMS avait déjà identifié, lors de l’épisode d’anthrax de 2025 en RDC, la manipulation de carcasses infectées et la consommation de viande provenant d’animaux morts comme des facteurs de risque importants.
L’ICCN demande également aux populations de signaler immédiatement toute nouvelle carcasse ou toute mortalité inhabituelle aux autorités locales, aux services vétérinaires, aux relais communautaires ou aux agents de conservation.
La mortalité des hippopotames dans la Semuliki constitue non seulement une préoccupation sanitaire, mais également un problème environnemental. Les hippopotames jouent un rôle important dans les écosystèmes aquatiques et terrestres. Une propagation de l’anthrax parmi la faune sauvage pourrait donc avoir des conséquences sur d’autres animaux susceptibles d’entrer en contact avec les carcasses ou les milieux contaminés.
L’OMS rappelle que les spores de Bacillus anthracis peuvent persister longtemps dans l’environnement et que les carcasses d’animaux morts de l’anthrax doivent être prises en charge avec des précautions particulières afin de limiter la contamination.
Pour les communautés riveraines, l’enjeu est donc double : protéger la biodiversité et éviter une exposition humaine ou animale à la maladie.
En attendant les prochaines directives des autorités sanitaires et environnementales, les habitants de la région de la Semuliki sont appelés à ne toucher ni aux carcasses ni aux produits provenant de ces animaux, à éviter l’eau située à proximité des zones de mortalité et à signaler toute nouvelle découverte aux services compétents.
La situation demeure ainsi sous surveillance, tandis que les autorités poursuivent les mesures de riposte pour contenir le foyer de charbon bactéridien.