Ce vendredi 13 juin 2026 marque le quatrième anniversaire de la prise de Bunagana par l’AFC-M23. Le 13 juin 2022, après de violents affrontements avec les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), cette cité stratégique du territoire de Rutshuru, à la frontière avec l’Ouganda, tombait sous contrôle rebelle. Des allocutions telles que « Replis stratégiques » sont celles qui étaient prononcées aux médias locales par les autorités provinciales donnant ainsi voie libre à la nouvelle armée.
Quatre années plus tard, Bunagana demeure sous l’administration de l’AFC-M23, tandis que les conséquences de cette occupation continuent de peser lourdement sur la population locale et sur l’économie de toute la région.
Pour de nombreux habitants, la situation sécuritaire reste préoccupante. Les activités agricoles, principale source de revenus des ménages, sont fortement perturbées. Plusieurs cultivateurs affirment avoir abandonné leurs champs par crainte des attaques, des enlèvements et de l’insécurité persistante dans les zones rurales.
« Nous ne savons plus travailler nos champs comme avant. Chaque fois que nous nous éloignons du village, nous craignons de ne plus revenir. Nos familles vivent aujourd’hui dans une grande précarité », témoigne un habitant de la région.
Des voix s’élèvent également pour dénoncer la multiplication des cas de kidnapping sur l’axe Bunagana-Rutshuru. Selon plusieurs sources locales, des voyageurs et des agriculteurs sont régulièrement victimes d’enlèvements par des hommes armés dont l’identité reste jusqu’à présent inconnue. Cette situation accentue davantage la psychose au sein de la population et limite les déplacements sur cet important corridor routier.
« Nous demandons aux autorités de nous protéger. Nous ne pouvons plus circuler librement. Les enlèvements deviennent fréquents et personne ne sait qui en sont les auteurs », s’alarme un notable local déchu.
L’occupation de Bunagana, principale porte d’entrée commerciale du Nord-Kivu vers l’Ouganda, a entraîné le déplacement de milliers de familles vers Rutshuru-centre, Kiwanja et d’autres localités, tandis que certains ont trouvé refuge en Ouganda.
Les échanges commerciaux transfrontaliers, autrefois moteurs de l’économie locale, fonctionnent désormais au ralenti. Les opérateurs économiques déplorent une baisse significative des activités et des revenus.
Sur place, la population continue de vivre sous diverses taxes imposées par les autorités rebelles, dans un contexte marqué par l’absence des services de l’État congolais. Les écoles peinent à fonctionner normalement, l’hôpital général de référence manque de moyens essentiels et les recettes douanières échappent toujours au trésor public.
Quatre ans après la chute de Bunagana, le dossier semble avoir disparu des priorités du débat politique national. Aucune commémoration officielle ni déclaration gouvernementale majeure n’a marqué cet anniversaire.
Ce silence suscite incompréhension et frustration parmi les déplacés et les habitants de Rutshuru.
« Nous avons le sentiment d’être oubliés. Bunagana continue de souffrir mais personne ne semble s’en préoccuper. Pourtant, derrière cette occupation, il y a des milliers de familles qui attendent toujours de rentrer chez elles », confie sous anonymat un notable de Rutshuru.
Sur le plan militaire, la situation reste pratiquement inchangée depuis plusieurs mois. Les FARDC, appuyées par les combattants Wazalendo, maintiennent leurs positions face à l’AFC-M23 sur plusieurs axes du territoire de Rutshuru, sans avancée significative vers Bunagana.
Pour les acteurs de la société civile et les organisations humanitaires, la récupération de cette cité demeure essentielle pour relancer l’économie régionale, restaurer l’autorité de l’État et permettre le retour sécurisé des milliers de déplacés.
« Tant que Bunagana reste occupée, Rutshuru ne pourra pas retrouver son souffle. Les populations continuent de vivre dans l’incertitude, la peur et la pauvreté », résume un acteur humanitaire.
Quatre ans après sa chute, Bunagana demeure ainsi le symbole d’un conflit qui s’enlise dans l’Est de la République démocratique du Congo, tandis que ses habitants attendent toujours la paix, la sécurité et leur libération.
La Rédaction