
Le 21 décembre 2015, la ville de Goma rejoignait officiellement les grandes agglomérations congolaises engagées dans la lutte contre le tabagisme. À l’instar de Kinshasa, Lubumbashi et Matadi, le chef-lieu de la province du Nord-Kivu lançait sa campagne de promotion des « Espaces 100 % non-fumeurs » à travers l’installation de panneaux d’interdiction de fumer dans plusieurs lieux publics stratégiques.
Lors d’une cérémonie organisée à la mairie de Goma, le maire de l’époque, Dieudonné Malere Ma-Mitcho, déclarait officiellement non-fumeurs plusieurs espaces publics, notamment la mairie de Goma, l’Hôpital Provincial du Nord-Kivu, l’Aéroport International de Goma ainsi que le port de Goma. Cette initiative s’inscrivait dans une vaste campagne nationale menée par le Ministère de la Santé Publique avec l’appui technique et financier de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
L’objectif poursuivi était clair : protéger la population contre les effets nocifs du tabac, aussi bien pour les fumeurs que pour les personnes exposées involontairement à la fumée. À travers des panneaux métalliques, des affiches de sensibilisation et des séances d’information, les autorités voulaient faire comprendre que les lieux publics devaient désormais être exempts de toute consommation de cigarettes.
À l’époque, cette campagne avait suscité un intérêt considérable auprès de la population. À l’aéroport de Goma, au port et dans plusieurs services publics, les affiches illustrant les conséquences du tabagisme sur l’organisme humain attiraient l’attention des voyageurs, commerçants et usagers. Beaucoup saluaient une mesure destinée à protéger la santé collective tout en renforçant la prévention contre les maladies liées au tabac.
Des responsables administratifs, sanitaires, policiers et membres de la société civile avaient également été formés afin d’assurer le suivi et le contrôle du respect de ces espaces non-fumeurs. L’ambition était de faire de Goma une ville pilote dans l’application des normes internationales de lutte antitabac.
Cependant, plus de dix ans après le lancement de cette initiative, une question fondamentale demeure : quel a réellement été l’impact de cette campagne sur les habitudes de consommation du tabac et sur la santé publique dans la ville de Goma et dans la province du Nord-Kivu ?
À ce jour, il n’existe pratiquement aucune évaluation publique approfondie permettant de mesurer avec précision les résultats obtenus depuis 2015. Les autorités sanitaires n’ont pas publié de données suffisamment documentées sur l’évolution du nombre de fumeurs, le respect effectif des espaces non-fumeurs ou encore la réduction éventuelle des maladies liées au tabac dans les structures sanitaires de la province.
Dans plusieurs lieux publics de Goma, il n’est pas rare d’observer encore aujourd’hui des personnes consommant des cigarettes à proximité des espaces collectifs, parfois même dans des endroits théoriquement soumis à l’interdiction. Cette réalité soulève des interrogations sur l’effectivité des mécanismes de contrôle et sur la continuité des activités de sensibilisation engagées il y a plus d’une décennie.

Au-delà du tabagisme classique, la situation actuelle présente également de nouveaux défis. Depuis 2015, la consommation de chicha, de cigarettes électroniques, ainsi que l’usage de diverses substances psychoactives chez certains jeunes se sont progressivement développés dans plusieurs centres urbains du pays. Ces nouvelles pratiques nécessitent une adaptation des stratégies de prévention et de protection de la santé publique.
Ainsi, en ce mois de juin 2026, plusieurs observateurs estiment qu’il est temps pour le Gouvernement congolais, en collaboration avec les autorités provinciales du Nord-Kivu, de franchir une nouvelle étape. Au-delà de la simple installation des panneaux d’interdiction, une vaste étude d’évaluation devrait être menée afin de mesurer scientifiquement les effets de la campagne « Espaces 100 % non-fumeurs » sur les comportements de la population et sur les indicateurs de santé publique.
Cette nouvelle démarche pourrait notamment permettre d’identifier les progrès réalisés, les insuffisances constatées ainsi que les nouvelles formes de consommation à risque apparues au cours de la dernière décennie. Elle offrirait également des données fiables pour orienter les futures politiques publiques de prévention.
Par ailleurs, les experts en santé publique recommanderaient utilement le renforcement des campagnes d’éducation sanitaire dans les écoles, universités, marchés et médias, l’application effective des sanctions prévues contre les violations des espaces non-fumeurs, ainsi que l’intégration d’un accompagnement psychologique et psychosocial pour les personnes dépendantes au tabac et autres substances addictives.
Plus de dix ans après le lancement de cette initiative saluée à l’époque comme une avancée majeure pour la santé publique, l’heure semble donc venue de passer d’une logique de sensibilisation à une logique d’évaluation. Car sans données actualisées ni suivi rigoureux, il demeure difficile de déterminer si les « Espaces 100 % non-fumeurs » ont réellement produit les effets attendus sur la santé des populations de Goma et du Nord-Kivu.
La lutte contre le tabagisme reste un enjeu majeur de santé publique. Mais pour qu’elle soit pleinement efficace, elle doit désormais s’appuyer sur des mesures actualisées, des évaluations régulières et une volonté politique renouvelée capable de répondre aux réalités sanitaires de l’année 2026.
J-Rostand VUSANGI M,