Ma nouvelle nomination dans la paroisse sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Kanyaruchinya me donne une occasion de recherche. Avec le Pape François qui exhortait que les homélies soient courtes au maximum 10 minutes, alors comme prêtre de 24 ans, proche de mon jubilé d’argent (25 ans) d’ordination sacerdotale, je peux proposer aux confrères et à d’autres chrétiens de prendre l’essentiel.
Homélie de la solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ
Chers frères et sœurs, aujourd’hui c’est la solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ. On célèbre cette solennité le deuxième jeudi après la Pentecôte. Là où elle n’est pas fêtée ce jeudi, c’est le deuxième dimanche après la pentecôte. Historiquement, la solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ fut célébrée pour la première fois à Liège en 1247. En 1208, une religieuse, Julienne de Mont-Cornillon, eut une vision, eut une vision du Seigneur qui lui fit comprendre la nécessité d’une fête annuelle pour honorer le Sacrement de l’autel. En 1264, le Pape Urbain IV, impressionné par un miracle eucharistique à Bolsena, il institua la nouvelle solennité en l’honneur du Très Saint-Sacrement. Elle fut instituée Fête de l’Eucharistie, Fête-Dieu. La procession du Saint-Sacrement fut reçue à Rome au XVe siècle. (Ordo, 2025-2026, p.181).
La solennité du Saint-Sacrement c’est la fête de l’Eucharistie, le sommet de tous les sacrements, le sacrement de la fraternité universelle. C’est la nourriture qui nous interroge sur la nature de notre faim. « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur ».
Dans la 1ère lecture (Dt 8,2-3,14-16), les auteurs de ce livre soulignent la portée spirituelle qu’ils ont découverte aux événements historiques et qui ont conduit à l’exil. La manne devient le pain merveilleux donnant de penser à la parole divine, seule source de vie. Mais Israël s’est montré incapable d’accueillir la richesse qui lui était proposée. Il a succombé à la tentation de biens perçus de façon matérielle. Le Seigneur voulait éprouver et savoir ce qu’Israël avait dans son cœur. « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ». Nous aussi malgré les difficultés de la vie nous devons garder la foi au Seigneur qui nous nous aime. Ne jamais nous décourager.
Le psaume responsorial 147, qui pour refrain : «Glorifie le Seigneur, Jérusalem, célèbre ton Dieu, Ô Sion », Dieu assure à son peuple abondance et sécurité. « Il fait régner la paix à tes frontières et d’un pain de froment te rassasie ». Mais son don le plus important, c’est sa parole. Par elle il se fait connaître aux siens et le guide sur la route de la vie.
Dans la 2e lecture (1 Co 10,16-17), Paul s’adresse aux Corinthiens dont les divisions se manifestent même au cours du repas du Seigneur. Il reproche leur égoïsme. Ils n’ont pas compris le vrai sens de l’institution de l’Eucharistie. Il les invite à l’unité, vrai critère de la qualité de notre communion au Christ. Le vin et le pain sont communion au Christ. Nous devons éviter les divisions dans l’Eglise et dans la société. Un vrai chrétien c’est celui qui est toujours uni avec les membres de l’Eglise. Dans un pays marqué par le tribalisme, il y a beaucoup de tentations de nous diviser. C’est l’Eglise qui peut nous sauver.
Dans l’Evangile (Jn 6,51-58), après la multiplication des pains, Jésus tente de faire accéder les témoins du miracle à une compréhension plus profonde du don de Dieu. Ce don se manifeste dans une parole source de vie. Mais il éclate surtout en Jésus lui-même. Recevoir sa chair et boire son sang, c’est vivre pour toujours. « Amen, amen, je vous le dis…celui qui mange chair et voit mon sang a la vie éternelle ; et moi je le ressusciterai au dernier jour ». Il ne nous demande pas d’être cannibale, mais vivre de la parole de Dieu dans notre vie. Comme dit le prophète Amos : « Il arrivera un jour où les gens auront faim et soif de la parole de Dieu ».
Recevoir l’Eucharistie, c’est accepter de remettre en cause nos faims spontanées. Communier en vérité, c’est consentir à réorienter notre vie en fonction du seul bien essentiel : l’amour de Dieu. Nos appétits les plus spontanés doivent cesser de dominer notre vie. Nous ne pouvons pas participer vraiment à l’Eucharistie si nous n’acceptons pas de changer nos vues de la réussite et de la sécurité. Bref, éviter l’orgueil.
Le jour de la Pentecôte, nous avons dit que par le don de l’Esprit, l’Eucharistie devient pour nous ‘’corps et sang du Christ’’. En célébrant la messe, nous prenons conscience de l’importance de notre appel à l’Esprit. C’est lui qui donne son sens au pain et au vin comme corps et sang de Christ. Il le manifesta par le don de lui-même sur la croix.
Au cours de cette Eucharistie demandons la grâce de l’unité des chrétiens afin d’éviter la mort éternelle. L’Abbé Pontien Bushisi, ancien curé de la paroisse Cathédrale Saint Joseph, en la solennité du Saint-Sacrement posait la question en Kiswahili aux enfants de la première communion en ces termes : « Ukaristia ni nini ? » (L’Eucharistie c’est quoi ? ». Il donnait la réponse que les enfants répétaient à haute voix: « Ni dawa ya kifo » (Le médicament contre la mort). Evidemment c’était la mort spirituelle. Puisse la Très Sainte Vierge Marie intercéder pour nous auprès de son Fils, afin d’être unis quand nous participons, jour après jour, à l’Eucharistie. Faisons attention à la maladie à virus Ebola qui est à nos portes. Observons les mesures barrières et que Dieu vous bénisse. Amen.
Abbé Eugène HALERIMANA BAZIMENYERA
Paroisse sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Kanyaruchinya
Nyiragongo, le 7 juin 2026