Homélie du 23e dimanche du Temps Ordinaire/A

Homélie du 23e dimanche du Temps Ordinaire/A

Ma nouvelle nomination dans la paroisse sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Kanyaruchinya me donne une occasion de recherche. Avec le Pape François qui exhortait que les homélies soient concises, alors comme prêtre qui fête le jubilé d’argent (25ans) d’ordination sacerdotale, je peux proposer aux confrères et à d’autres chrétiens de prendre l’essentiel.

Homélie du 23e dimanche du Temps Ordinaire/A

Chers frères et sœurs, en ce 23e dimanche du Temps Ordinaire/A, la liturgie de la parole vient nous rendre fort dans notre vie de chaque jour. Le prophète est comme le guetteur qui avertit son peuple en temps d’attaque contre la ville. Il faut aussi vivre la règle d’or dans la correction fraternelle.

Dans la 1ère lecture (EZ 33,7-9), Dieu a choisi des prophètes pour être comme des guetteurs qui avertissent, redressent, corrigent son peuple. « Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël ». Ezéchiel prend au sérieux cette tâche difficile, à un moment où les Juifs, déportés à Babylone, sont tentés de désespérer. L’unité du groupe risque de se défaire. Il n’y a ni chef, ni prêtre, ni prophète, ni le temple. Le prophète Ezéchiel doit avertir le méchant afin d’abandonner sa conduite mauvaise. S’il meurt sans être averti, il mourra dans son péché, mais le Seigneur demandera compte de son sang au prophète. Donc, être prophète n’est pas une tâche facile. 

Ces derniers temps, nous devons aussi assumer notre vocation prophétique à partir de notre baptême. Nous vivons dans un monde des méchants. La violence est partout. Que faire ? Il faut prophétiser, chacun à son niveau. Mais pas déserter, car dire la vérité ce n’est pas facile. 

Dans le Psaume responsorial 94 qui a pour refrain : « Aujourd’hui ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur », il s’agit d’une prière d’entrée dans le sanctuaire, le peuple dit sa volonté de se tourner vers Dieu. Il renonce à l’attitude qui fut celle de ses ancêtres, dans le désert, lorsque chacun voulait imposer sa volonté à Moïse, l’envoyé du Seigneur. Cette façon de faire conduisait à la division et à la mort.

Dans la 2e lecture (Rm 13,8-10), Paul tout au long de sa lettre aux Romains a lutté contre le légalisme juif. Il sait que ce légalisme l’avait enfermé dans une attitude de rigide et écrasante pour les autres. Il s’agit de l’intégrisme qui a conduit Paul à persécuter les chrétiens. Il en a l’expérience malheureuse. Ce qu’il a sauvé c’est la découverte de l’amour miséricordieux du Seigneur. C’est à partir de cette prise de conscience que peut renaître la véritable loi, celle qui assurera l’unité de l’Eglise et de l’humanité. « L’accomplissement parfait de la Loi c’est l’amour ».

Certaines considérations liturgiques peuvent nous faire entrer dans le légalisme. C’est à nous de les détecter : voile des lectrices, ‘’étoles des gardiens de paix’’, aubes en couleurs des servants de messe, les inclinations intempestives des ’’joyeuses’’ (enfants qui dansent), et que sais-je encore ! Bref, des erreurs qu’il faut corriger absolument pour éviter le légalisme.

Dans l’évangile (Mt 18,15-20), propose quatre étapes de la correction fraternelle à ses disciples. Jésus n’a rien d’un idéaliste. Il sait que les difficultés existant au sein d’un groupe apostolique divisé se retrouveront tout au long de l’histoire à venir. Au sein de l’Eglise qu’il entend fonder, les crises sont inévitables. Il confie aux apôtres d’assumer le ministère de l’unité qu’il a lui-même rempli. Ils devront continuer son œuvre, en vue d’acheminer les hommes et les femmes vers le Royaume.

En effet, quelles sont ces étapes ? Premièrement, rencontrer la personne avec laquelle on a un conflit. « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S’il t’écoute tu auras gagné ton frère ». Mais parfois exposer un problème qu’on a avec un frère, directement de personne à personne, faire le premier pas, on ne le veut pas, on est bloqué. C’est prendre du courage et oser.

Deuxième étape : Jésus propose de prendre 2 ou 3 personnes comme ‘’médiateurs’’. Elles ne jugent pas, mais aident à ‘’médier’’, c’est-à-dire à rétablir la relation. Parfois ça ne marche pas non plus.

Troisième étape : il faut le dire à la communauté, à l’Eglise. C’est le lieu de l’Esprit Saint avec ses dons et ses charismes. Ce que l’un n’arrive pas à faire, l’Esprit le donne à l’autre. 

Quatrième étape : tenir pour un incroyant, un collecteur d’impôts. Nous ne pouvons cela qu’après avoir épuisé toutes les autres ressources. 

Au finish, dans la correction fraternelle, Jésus parle de la prière de demande : « Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ». La prière nous fait passer de la ‘’médiation humaine à la médiation divine’’. Si bien qu’on ne devrait jamais désespérer entre chrétiens, entre croyants, car Dieu est notre Médiateur, par le Christ et dans l’Esprit. La communauté-Eglise est un lieu où l’on peut gérer et digérer les conflits, à condition qu’elle trouve toujours son inspiration dans la Parole de Dieu. L’Eglise n’est pas un lieu idyllique (paradisiaque) sans problème. Pour renchérir, saint Paul interdit les chrétiens d’être jugés par les païens. « Lorsque vous avez un différend entre vous, comment osez-vous le faire juger par les païens et non par les saints ?…Ainsi il ne se trouve parmi vous aucun homme assez sage pour pouvoir juger entre ses frères ? » (1 Co 6,1).

Dans la vie courante il y a beaucoup d’exemples de médiations : les Bashamuka chez les Bashi ; les Bashingantahe chez les Barundi ; le Gacaca chez les Banyarwanda qui se termine par une fête familiale arrosée abondamment de bière ; le Bushenge chez les Bahunde ; le Kyhanda chez les Banande. Baraza intercommunautaire (Nord-Kivu). Mais la médiation chrétienne est supérieure car l’Esprit Saint agit directement sans partialité.

 Au cours de cette Eucharistie, demandons la grâce de la correction fraternelle et d’appliquer la règle d’or. Puisse la Très Sainte Vierge Marie intercéder pour nous auprès de son Fils dans un monde marqué d’injustices et des conflits qui manquent de médiation. 

Abbé Eugène HALERIMANA BAZIMENYERA

Paroisse sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Kanyaruchinya

Nyiragongo, le 06 septembre 2026

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