Journée mondiale de l’Hygiène menstruelle : à Goma, des acteurs communautaires plaident pour une gestion digne et inclusive en faveur des filles et des femmes

Journée mondiale de l’Hygiène menstruelle : à Goma, des acteurs communautaires plaident pour une gestion digne et inclusive en faveur des filles et des femmes

Journée mondiale de l’Hygiène menstruelle : à Goma, plus de 50 acteurs communautaires plaident pour une gestion digne et inclusive en faveur des filles et des femmes

À l’occasion de la Journée mondiale de l’Hygiène menstruelle célébrée ce 28 mai 2026, plus de cinquante organisations locales, acteurs communautaires, éducatifs, sanitaires et leaders de la société civile se sont réunis à Goma autour d’une conférence-débat consacrée à la problématique de l’hygiène menstruelle dans les communautés affectées par les conflits et la précarité socio-économique.

Placée sous le thème : « Briser le silence : vers des politiques efficaces pour une gestion digne de l’hygiène menstruelle en contexte de conflit », cette rencontre avait pour objectif de créer un espace de réflexion, de plaidoyer et de mobilisation collective autour d’un sujet encore fortement entouré de tabous dans plusieurs communautés du Nord-Kivu.

Une problématique encore entourée de silence

Dans leurs différentes interventions, les participants ont rappelé que les enfants, les adolescentes et les femmes continuent de faire face à de nombreux défis liés à l’accès à l’hygiène menstruelle.

Parmi les difficultés évoquées figurent notamment le manque d’informations adaptées, l’insuffisance des infrastructures appropriées, l’accès limité aux produits hygiéniques à moindre coût ainsi que les discriminations sociales liées aux menstruations.

Selon les organisateurs, ces obstacles ont des conséquences directes sur la scolarisation des filles, leur participation sociale, leur bien-être psychosocial et parfois même leur sécurité et leur protection dans certaines communautés affectées par les crises humanitaires.

Dans son mot introductif, MUISA Faraja a indiqué que cette rencontre constitue « non seulement un cadre d’échanges, mais également une opportunité de réflexion, de mobilisation et de plaidoyer ».

Les participants ont ainsi exprimé leur volonté de renforcer les alliances multi-acteurs, de capitaliser les expériences locales existantes et d’identifier les barrières culturelles, sociales et institutionnelles qui freinent encore une gestion adéquate de l’hygiène menstruelle.

Les discussions ont également porté sur la nécessité de développer des politiques publiques adaptées aux réalités locales afin d’améliorer les conditions de vie des filles et des femmes, particulièrement dans les zones touchées par les conflits armés et les déplacements des populations.

Madame Perle Biray sensibilise sur la gestion de l’hygiène menstruelle

Le premier panel de cette conférence-débat a porté sur le thème : « Hygiène menstruelle et accès à l’éducation des filles ».

L’exposé a été présenté par Madame Perle Biray, sage-femme à Goma, qui a développé plusieurs aspects liés à la bonne gestion de l’hygiène menstruelle.

Dans son intervention, elle a expliqué que cette gestion repose essentiellement sur trois éléments : la gestion, l’hygiène et la menstruation. Elle a insisté sur l’importance d’une bonne hygiène menstruelle pour prévenir certaines maladies, protéger la santé des femmes et permettre aux jeunes filles de vivre leur cycle menstruel dans la dignité et sans gêne.

L’oratrice a également détaillé les composantes essentielles d’une bonne gestion menstruelle, notamment l’accès aux produits hygiéniques, à l’eau propre ainsi qu’aux installations adaptées pour laver les linges réutilisables.

Abordant les moyens sûrs de gestion de l’hygiène menstruelle, Madame Perle Biray a encouragé les participantes à respecter les règles d’hygiène et de sécurité, notamment par un lavage régulier avec de l’eau propre.

Elle a également évoqué plusieurs obstacles qui freinent encore une bonne gestion de l’hygiène menstruelle dans les communautés, notamment les tabous, les discriminations et la stigmatisation souvent liées aux mauvaises odeurs ou aux croyances culturelles.

Cette intervention s’est clôturée par une séance de questions-réponses au cours de laquelle les participants ont échangé autour des défis et des solutions liés à l’hygiène menstruelle.

Les risques liés à certains produits d’hygiène intime évoqués

Au cours des échanges, trois autres panels sont intervenus, dont celui de madame Kikomba qui a touché les instruments juridiques pour la bonne gestion de l’hygiène chez la femme.

Un panel animé par le Docteur Jacob CHIKALA JAMPI, intervenant dans le domaine de la santé reproductive, s’est penché sur les risques liés à l’utilisation de certains lubrifiants et produits vaginaux.

Selon l’intervenant, ces produits ne produisent pas les mêmes effets chez toutes les femmes. Chez certaines, ils peuvent provoquer des irritations, des lésions ou encore des réactions allergiques, particulièrement chez les femmes enceintes.

Le médecin a également expliqué que l’usage inadapté de certains produits vaginaux peut modifier le pH vaginal et favoriser le développement ou la résistance de certains microbes aux traitements médicaux administrés au niveau vaginal.

Cette thématique a suscité un vif intérêt parmi les participants et ouvert la voie à plusieurs échanges autour des bonnes pratiques liées à l’hygiène intime et à la santé reproductive des femmes.

Des organisations locales engagées pour briser les tabous

Les organisations intervenant dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive ont profité de cette journée pour réaffirmer leur engagement à promouvoir une gestion digne de l’hygiène menstruelle dans le territoire de Nyiragongo.

Dans une région profondément affectée par les crises humanitaires, les déplacements des populations et la précarité socio-économique, les responsables des organisations ont souligné que l’hygiène menstruelle ne relève plus uniquement de la sphère privée des jeunes filles, mais constitue désormais une question de santé publique, de protection et de respect des droits fondamentaux des femmes.

Pour Jean Marie Minani Citero, coordonnateur de Global Charity for Development (GCD), cette rencontre du 28 mai représente une opportunité importante pour proclamer un engagement collectif visant à briser les tabous encore persistants dans les communautés.

Il a également précisé que cette activité constitue une première phase qui devra être suivie par des actions concrètes et collectives sur le terrain.

Les leaders communautaires appellent à l’implication de tous

Au cours des interviews réalisées à l’issue des activités, plusieurs leaders communautaires et responsables d’organisations ont partagé leurs préoccupations face aux défis que rencontrent les femmes et les jeunes filles pendant la période menstruelle.

Pour Madame Stella Bahizire, Coordonnatrice du Consortium, cette journée a déjà produit un impact positif en réunissant plusieurs organisations autour d’une même cause : le bien-être de la communauté et la promotion d’une gestion digne de l’hygiène menstruelle.

Toutefois, elle estime que les difficultés auxquelles font face les femmes et les jeunes filles restent énormes.

«Les règles peuvent survenir chez une femme sans qu’elle y soit suffisamment préparée. Cela peut provoquer un choc, du stress et une déstabilisation psychologique. Certaines filles connaissent leurs premières règles très tôt, entre 9 et 10 ans, sans savoir comment en parler à leurs parents. Parfois même, cette période se termine sans qu’elles n’aient informé personne », a-t-elle expliqué.

Elle a également annoncé le lancement de plusieurs activités de sensibilisation qui toucheront les jeunes filles, les femmes ainsi que les adultes dans différentes communautés du territoire de Nyiragongo.

De son côté, Madame Melissa Kikomba, membre de l’organisation SAUTI YA MAMA MKONGOMANI, a insisté sur la nécessité d’impliquer les hommes dans la lutte contre les tabous liés aux menstruations.

Selon elle, les hommes ont un rôle essentiel à jouer dans la sensibilisation et l’accompagnement des femmes et des jeunes filles.

« Les hommes ne doivent pas être des freins sur les questions qui concernent leurs épouses, leurs filles et toute la communauté. Ils doivent aussi participer à la transmission des bonnes informations », a-t-elle souligné.

Vers des actions concrètes sur le terrain

À l’issue de cette conférence-débat, les organisateurs ont réitéré leur engagement à poursuivre les actions de sensibilisation, de plaidoyer et d’accompagnement communautaire en faveur de la promotion de l’hygiène menstruelle, de l’égalité des genres ainsi que de l’accès équitable à l’éducation et à la protection des personnes vulnérables.

Les participants ont également formulé plusieurs recommandations visant à renforcer les réponses locales face aux défis liés à l’hygiène menstruelle dans les zones affectées par les conflits.

Pour les organisateurs, cette journée du 28 mai ne doit pas rester une simple célébration symbolique, comme c’est le premier go pour ce consortium, mais devenir un véritable point de départ pour des actions durables capables d’améliorer les conditions de vie des filles et des femmes dans les communautés du Nord-Kivu.

J-Rostand VUSANGI M

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