L’Union des Kinésithérapeutes du Congo (UKC), province du Nord-Kivu, a organisé ce mardi à Goma une journée d’échanges et de renforcement des connaissances consacrée à plusieurs enjeux sanitaires auxquels sont confrontées les populations et les professionnels de santé. Au centre des discussions : la maladie à virus Ebola (MVE), l’impact des conflits armés sur la santé cardiovasculaire et les accidents vasculaires cérébraux (AVC), ainsi que le rôle de la kinésithérapie dans la prévention, la prise en charge et la réadaptation.
Ce programme intervient dans la célébration de la Journée internationale de la kinésithérapie, ce 8 septembre et qui rassemblé plus de 80 professionnels kinés.

Selon le chronogramme établi par l’UKC/Nord-Kivu, la rencontre prévoyait notamment des exposés sur Ebola et les précautions à prendre par les personnels soignants, l’impact des conflits armés sur l’augmentation des risques d’AVC et de maladies cardiovasculaires, avant des échanges en panels avec les différents intervenants. La seconde partie de la journée était consacrée à la physiologie de l’appareil cardiovasculaire et cérébral, à la physiopathologie des AVC ainsi qu’au rôle de la physiothérapie et des activités physiques adaptées.
La première communication a été assurée par le Dr Patrick TSONGO, qui s’est penché sur la maladie à virus Ebola. Son intervention s’est inscrite dans une réflexion particulièrement importante pour le Nord-Kivu et l’Ituri, provinces ayant déjà été confrontées à plusieurs épisodes de cette maladie.

La présentation a notamment porté sur ce qu’il faut savoir concernant Ebola et sur les moyens de prévention, particulièrement pour les professionnels de santé exposés dans leur environnement de travail. Il a estimé que les risques sont accentués chez tout le monde, en particulier les soignants :
« En dehors des malades déjà atteints, les personnels soignants, les agents réalisant le prélèvement, les personnes accompagnant les malades, (…), sont exposés. »
La question de la protection du personnel soignant demeure en effet essentielle dans les situations épidémiques. Dans les structures de santé, les professionnels sont susceptibles d’être en première ligne face aux maladies infectieuses. La connaissance des risques, le respect des mesures de prévention et l’application rigoureuse des protocoles constituent dès lors des éléments importants de la réponse sanitaire.
« Notre environnement doit être propre. Le garder sain est un devoir pour tous».
Cette thématique sur Ebola, bien que traitée maintes fois, a eu une place particulière dans le programme de la journée. Elle prévoyait explicitement une session intitulée : « Ebola, qu’est-ce qu’il faut savoir et comment se prévenir en tant que personnels soignants dans le milieu du travail et ailleurs ? ».
Mais au-delà des maladies infectieuses, les participants ont été invités à porter leur regard sur une autre menace sanitaire qui, selon les intervenants, mérite davantage d’attention dans le contexte particulier du Nord-Kivu.
C’est le Dr Murhabazi Justin qui a abordé la question de l’impact des conflits armés sur l’augmentation des risques d’accidents vasculaires cérébraux et de maladies cardiovasculaires.
Son intervention a mis en lumière une dimension qu’il estime insuffisamment prise en compte dans les réponses sanitaires en contexte de crise : l’état de santé traumatique des communautés vivant dans les zones affectées par les conflits.
Selon le Dr Murhabazi Justin, l’attention est fortement concentrée sur la maladie à virus Ebola et sur la protection des agents de santé face à cette menace, alors que les conséquences sanitaires et psychologiques des conflits armés sur les populations nécessitent également une attention particulière.

Il a ainsi déploré ce qu’il considère comme une forte concentration des agents de santé sur la MVE, au risque de laisser au second plan l’état de santé traumatique que connaît une partie de la communauté dans les zones touchées par les conflits.
Pour le spécialiste, cette situation doit conduire à une réflexion plus large sur la santé des populations vivant dans un environnement marqué par l’insécurité, le stress et les traumatismes.
27 802 cas de risques cardiovasculaires évoqués pour janvier à juin 2026.
Au cours de son exposé, le Dr Murhabazi Justin a présenté une statistique qu’il a qualifiée de préoccupante.
De janvier à juin 2026, déjà 27 802 cas de risques cardiovasculaires auraient été enregistrés, selon les données présentées lors de son intervention.
Ce chiffre, communiqué dans le cadre de cette rencontre, a retenu particulièrement l’attention des participants. Il vient, selon l’intervenant, rappeler la nécessité de ne pas considérer les conséquences sanitaires des conflits uniquement sous l’angle des blessures physiques ou des maladies infectieuses.
Il convient toutefois de préciser que le chiffre de 27 802 correspond à la statistique présentée par le Dr Murhabazi Justin au cours de la rencontre. Son interprétation précise, notamment la nature exacte des cas comptabilisés, leur source et leur répartition géographique, mériterait d’être documentée davantage avant toute extrapolation à l’ensemble de la population du Nord-Kivu.

Dans une région confrontée depuis plusieurs années aux déplacements de populations, à l’insécurité et aux traumatismes liés aux conflits, la question soulevée par le Dr Murhabazi Justin ouvre un débat plus large sur la prise en charge sanitaire.
Les situations de conflit peuvent bouleverser profondément les conditions de vie des populations. Elles peuvent entraîner des déplacements, perturber l’accès aux soins, modifier les habitudes de vie et exposer les personnes à des niveaux importants de stress et de traumatisme.
Pour les professionnels réunis à Goma, ces réalités doivent être intégrées dans les stratégies de prévention et de prise en charge.
Le défi consiste notamment à ne pas opposer les différentes priorités sanitaires. La prévention et la lutte contre les maladies infectieuses restent nécessaires, mais elles doivent pouvoir s’accompagner d’une prise en compte des autres problèmes de santé auxquels les communautés sont confrontées.
La journée organisée par l’UKC ne s’est pas limitée à l’identification des facteurs de risque. Le programme prévoyait également des communications consacrées à la physiologie de l’appareil cardiovasculaire et cérébral ainsi qu’à la physiopathologie des accidents vasculaires cérébraux.
L’AVC constitue une urgence médicale dont les conséquences peuvent être lourdes pour les personnes touchées. Lorsqu’il entraîne des troubles moteurs, de l’équilibre ou de l’autonomie, le patient peut avoir besoin d’un accompagnement prolongé. C’est à ce niveau que la kinésithérapie intervient dans le processus de réadaptation.
Les professionnels réunis à Goma ont ainsi discuté de l’évaluation et du rôle de la physiothérapie et des activités physiques adaptées dans la prévention, la prise en charge et la réadaptation des personnes victimes d’AVC ou souffrant de maladies cardiovasculaires.
La kinésithérapie ne se limite pas à accompagner un patient après l’apparition d’une incapacité. Elle peut également contribuer, dans le cadre approprié et en collaboration avec les autres professionnels de santé, à la récupération fonctionnelle et au maintien de l’autonomie.
Dans le cas d’un patient victime d’un AVC, la réadaptation peut notamment viser la récupération des capacités motrices, l’amélioration de l’équilibre et de la mobilité ainsi que la réappropriation progressive des activités de la vie quotidienne.
Pour les maladies cardiovasculaires, l’activité physique adaptée peut également occuper une place dans la prise en charge, à condition d’être individualisée et encadrée selon l’état clinique du patient.

Le programme de l’UKC prévoyait justement une session consacrée à la question : « De la prévention à la réadaptation : le rôle de la physiothérapie face aux maladies cardiovasculaires et AVC », avec référence aux recommandations de la World Physiotherapy.
Après les différentes communications, les participants ont eu l’occasion d’interagir avec les intervenants au cours de séances de questions-réponses. Ces moments d’échanges ont permis de revenir sur les préoccupations des professionnels, leurs expériences et les difficultés auxquelles ils peuvent être confrontés dans l’exercice de leur métier.
Des panels étaient prévus dans le programme, permettant aux participants de questionner directement les intervenants sur les thématiques abordées. L’intérêt de ces échanges réside notamment dans la possibilité de mettre en relation les connaissances théoriques et les réalités du terrain, dans un environnement sanitaire où les professionnels doivent souvent répondre simultanément à plusieurs urgences.
À travers cette journée, une problématique majeure se dessine : comment assurer une prise en charge sanitaire globale dans une communauté confrontée à plusieurs formes de vulnérabilité ?
La question posée par le Dr Murhabazi Justin sur les conséquences des conflits vient élargir le débat. Elle rappelle que la santé d’une population ne se résume pas à l’absence de maladies infectieuses. Les traumatismes liés aux conflits, les facteurs de risque cardiovasculaire, les AVC, les handicaps et les besoins de réadaptation constituent également des préoccupations auxquelles le système de santé doit pouvoir répondre. Dans ce contexte, la collaboration entre médecins, kinésithérapeutes, infirmiers, psychologues, travailleurs sociaux et autres professionnels apparaît comme un élément important d’une réponse intégrée.
La prévention des AVC et des maladies cardiovasculaires ne relève pas uniquement du personnel médical. Elle suppose également une meilleure information des communautés sur les facteurs de risque, les signes d’alerte et l’importance d’une consultation rapide en cas de symptômes suspects.
De la même manière, la protection contre Ebola repose sur le respect des mesures de prévention et sur la capacité des professionnels comme des communautés à adopter les comportements appropriés.
Pour le Nord-Kivu, où plusieurs crises peuvent se superposer, le défi consiste donc à développer une réponse sanitaire capable de tenir compte de l’ensemble des vulnérabilités de la population.
La rencontre de ce 8 septembre à Goma aura ainsi permis de mettre autour d’une même table des professionnels appelés à réfléchir non seulement à la maladie, comme l’hémorragique d’Ebola, mais aussi à ses conséquences sur la personne, sa mobilité, son autonomie et son environnement.
Prévue de 9 heures à l’après-midi, la journée de l’UKC/Nord-Kivu a comporté plusieurs séquences consacrées à la formation, aux échanges professionnels et à la réflexion sur les pratiques de kinésithérapie. Elle devait se clôturer par un mot de circonstance et une séance de photos.

À travers les interventions du Dr Patrick TSONGO sur Ebola et du Dr Murhabazi Justin sur les conséquences des conflits armés sur les risques d’AVC et de maladies cardiovasculaires, deux réalités sanitaires différentes mais complémentaires ont été mises en évidence.
L’une rappelle la nécessité de protéger les soignants et les communautés contre les maladies infectieuses. L’autre invite à regarder au-delà des urgences visibles pour prendre en compte les conséquences sanitaires, traumatiques et cardiovasculaires d’un contexte de conflit prolongé.

Pour les professionnels de la kinésithérapie, le message qui ressort de cette rencontre est donc clair. Il faut prévenir, prendre en charge et réadapter doivent constituer les différentes étapes d’une même démarche, avec une attention particulière aux réalités vécues par les populations du Nord-Kivu.
Pour honorer la bravoure des professionnels de santé, spécialement les kinésithérapeutes venus célébré cette date, Monsieur KATEMBO MAKUTA Jules, au nom de l’UKC/NK, a remis des brevets de mérite à une dizaine.
