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Nord-Kivu: Le taro, une richesse oubliée du Nord-Kivu que les mamans de Muhinzi font revivre

Muhinzi, le 20 août 2025 – Dans la chefferie des Batangi, au village de Muhinzi, au Sud du territoire de Lubero, une poignée de mamans résilientes continue de préserver une culture ancestrale : le taro (Colocasia esculenta). Alors que la province du Nord-Kivu traverse une insécurité alimentaire chronique, ces femmes courageuses cultivent ce tubercule riche en nutriments et parviennent à ravitailler plusieurs cités et territoires environnants. Pourtant, paradoxe étonnant, aucun hôtel de Goma ni de Butembo ni de Beni et des alentours n’offre aujourd’hui du taro à ses clients.

Une plante adaptée au climat du Nord-Kivu

Le taro prospère dans les zones humides et fertiles, caractéristiques de plusieurs terroirs des Batangi. Avec une pluviométrie abondante et des sols riches en matière organique, les conditions sont idéales pour cette plante tropicale. Les mamans de Muhinzi, Vighoma, Kilonge, Vitimba, Kanyatsi et Ngulira, à l’Ouest de la cité de Kaseghe, l’ont bien compris et exploitent les vallées et zones marécageuses, comme celles de Katwakalenda, pour assurer une production régulière.

Des techniques de culture transmises de génération en génération

À Muhinzi comme à Kitsuku, les plants de taro sont issus des tubercules ou rejets soigneusement sélectionnés. Les paysannes procèdent à un labour profond et n’hésitent pas à enrichir le sol de fumier organique. Les plantations, espacées de 60 à 75 centimètres, dessinent des carrés verts qui deviennent, après quelques mois, de véritables champs nourriciers, explications de la paysanne Masika Kahongya, 

Lorsque nous plantons ce tubercule, nous ne le plaçons pas droit dans le sol; nous essayons d’appliquer la géométrie en inclinant obliquement le plant sur le sol. Les jours venus, quelques semaines après, vous verrez se redresser tout droit miraculeusement toute la plante, 

Un entretien rigoureux malgré la précarité

Les premières semaines exigent beaucoup de travail: désherbage, sarclage et parfois irrigation manuelle lorsque la pluie se fait rare. Dans un contexte où l’accès aux intrants agricoles reste limité, les mamans privilégient les engrais naturels. Malgré l’absence de moyens modernes, elles parviennent à protéger leurs champs des ravageurs grâce à des pratiques locales et à la rotation des cultures.

La récolte, fruit de la patience

Après 6 à 8 mois d’efforts, vient le temps de la récolte. Les feuilles jaunissent, signe que les tubercules sont prêts. Les mamans arrachent délicatement la plante pour ne pas endommager les cormes. En moyenne, un champ bien entretenu peut produire jusqu’à 20 bassins, une véritable manne pour les familles paysannes.

Une nourriture riche mais absente des assiettes urbaines

Cuit, grillé ou transformé en farine, le taro constitue un aliment énergétique et équilibré. Ses feuilles tendres, riches en vitamines, sont souvent cuisinées comme légume vert. Pourtant, malgré cette richesse nutritionnelle et l’abondance de production locale, le taro est presque invisible dans la gastronomie urbaine du Nord-Kivu. Aucun hôtel ni restaurant de Goma, de Butembo ou de Beni n’a encore osé l’intégrer dans ses menus. Pourtant, voir cet taro déjà cuit, exposé le long de la route, ça ne suffit. À Kirumba, Mighobwe, Kayna, Kiwanja, cette nourriture est exposée: les voyageurs l’apprécient, l’achetent et l’appellent  »grenade », ou  »kanga journée ». 

Un enjeu économique et culturel

Pour les mamans de Muhinzi et Vighoma, le taro n’est pas seulement une nourriture : c’est un symbole de résilience. Grâce à lui, elles soutiennent leurs familles, paient la scolarité des enfants et participent à l’économie locale. Leur production alimente des cités comme Lubero, Oïcha, Beni et parfois même Goma. Mais faute de valorisation institutionnelle et de promotion, cette culture reste confinée aux marchés villageois.

Un appel à la valorisation locale

En ce 20 août 2025, le constat est clair : le taro, bien que cultivé et apprécié dans les foyers ruraux, demeure absent des grandes tables urbaines. Pourtant, il pourrait être une alternative durable face aux importations coûteuses de riz ou de pommes de terre. Mettre en valeur le taro dans les hôtels et restaurants, c’est reconnaître le travail invisible des mamans rurales et donner à ce tubercule la place qu’il mérite dans le patrimoine culinaire du Nord-Kivu.

Ainsi, pendant que les mamans de Muhinzi labourent, désherbent et récoltent ce tubercule nourricier, la ville voisine continue d’ignorer sa valeur. Le jour où le taro franchira les portes des hôtels et restaurants du Nord-Kivu, il ne sera plus seulement un aliment de subsistance, mais un emblème de fierté locale et de résilience féminine.

La Rédaction.

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