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jeudi, avril 16News That Matters

Kä Mana : « Nous avons perdu la bataille de la responsabilité en RDC » Entretien avec une journaliste

Alors que la chute de Goma aux mains du M23 continue de susciter de vives réactions en République démocratique du Congo, le philosophe et intellectuel congolais Kä Mana livre une analyse sévère mais lucide de la crise. Dans une tribune largement partagée sur Internet, il évoque son vécu personnel de ces événements et dénonce une faillite généralisée de la responsabilité politique, intellectuelle et morale en RDC.

Une chute vécue au bord du lac Kivu

Président du Pol Institute, un institut interculturel actif dans la région des Grands Lacs, Kä Mana se trouvait sur l’île d’Idjwi lorsqu’il apprend que la ville de Goma est sur le point de tomber.

« J’étais sur l’île d’Idjwi, pas très loin de Goma, en train de lire un roman intitulé La Plaisanterie. J’ai reçu un appel de Goma m’annonçant que la ville allait tomber. Je suis rentré immédiatement à Goma et j’ai continué ma lecture au bord du lac, pendant que la ville passait sous contrôle des rebelles. »

Pour le philosophe, cette lecture prend une dimension symbolique troublante.

« J’ai trouvé une coïncidence extraordinaire entre ces romans magnifiques que je lisais et la tragi-comédie que vivait le pays. »

Une réponse jugée irresponsable depuis Kinshasa

Kä Mana critique sévèrement la posture adoptée par les autorités de Kinshasa face à la crise.

« La ville tombe face à un mouvement armé qui réclame le pouvoir à Kinshasa et des négociations sur les problèmes du pays. Et Kinshasa répond : “pas de négociations de quelque forme que ce soit”. J’ai trouvé que cette réponse relevait de la plaisanterie, au moment même où il fallait assumer pleinement ses responsabilités et chercher des solutions pour éviter la tragédie que nous vivons à Goma. »

Il estime également illusoire de croire à une solution exclusivement militaire.

« Vouloir s’acharner sur une solution armée du côté des rebelles est aussi une plaisanterie. »

Une faillite de la responsabilité nationale

Dans sa tribune, Kä Mana écrit : « Nous avons perdu la bataille de la responsabilité en RDC ». Une affirmation qu’il assume pleinement.

« Il manque aujourd’hui au sommet de l’État un véritable centre de responsabilité qui permette aux Congolais de se parler et de sortir par le haut de cette crise. Au lieu de cela, on voit des gens qui crient, qui aboient, qui croient pouvoir gagner une guerre sans armée, ou compter sur la communauté internationale, sur la MONUSCO, alors que personne n’ignore que ces soldats ne sont pas venus mourir pour nous. »

Pour lui, la direction actuelle du pays donne l’image d’une irresponsabilité totale.

Une élite intellectuelle en échec, surtout à Kinshasa

Le philosophe élargit sa critique à l’élite intellectuelle congolaise.

« On observe une responsabilité encore plus grande de l’élite intellectuelle, particulièrement à Kinshasa. Cette élite donne l’impression d’une faillite globale : faillite de l’intelligence, faillite des valeurs pour lesquelles nous devrions nous battre. »

Selon Godefroid Kä Mana, au lieu d’une analyse lucide, le débat public est dominé par des réactions émotionnelles.

« On préfère crier contre le Rwanda plutôt que d’analyser froidement les pathologies internes dont souffre le Congo aujourd’hui. »

La guerre des images : une bataille perdue d’avance

Kä Mana évoque également une véritable guerre de l’image engagée par le gouvernement de Kinshasa.

« Kinshasa croit pouvoir mobiliser la communauté internationale contre le M23, alors que notre pays donne aujourd’hui l’image d’une dictature du vide : un pays sans État, sans gouvernance, sans vision. »

Il souligne l’incohérence du discours officiel.

« D’un côté, un général à Minova déclare que la guerre doit continuer. De l’autre, Kinshasa annonce vouloir aller à Kampala pour écouter les rebelles. C’est la cacophonie totale. Avec une telle confusion, personne ne nous prend au sérieux. »

L’humiliation nationale et le sursaut du peuple

Pour Kä Mana, la chute de Goma constitue une humiliation profonde.

« Goma était un symbole. Sa chute est une humiliation nationale. Et on ne peut pas gagner la guerre de l’image en humiliant tout un peuple. »

Il met également en garde le M23.

« En humiliant leur propre pays, ils poussent le peuple congolais à des sursauts d’orgueil. Ce ne sera pas une armée désorganisée qui réagira, mais tout un peuple dans sa dignité, sa conscience et sa résilience. »

Un appel urgent à la négociation

Kä Mana conclut par un appel clair :

« Il faut éviter cette escalade, sortir de la logique de guerre, négocier rapidement et cesser de faire des promesses pendant que le pays s’effondre. Le peuple congolais ne le veut pas, et le M23 doit le comprendre. »

Signalons que le Professeur Docteur Godefroid Ka Mana, considéré pour certains comme « un esprit » panafricain est mort en 2021 et sa mort avait été annoncée officiellement dans la nuit du jeudi 15 au vendredi 16 juillet 2021 par les membres de sa famille. 

La Rédaction

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