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dimanche, mars 1News That Matters

RDC : L’Union des Kinésithérapeutes du Congo/Nord-Kivu plaide pour la qualité des soins et la pleine application de la loi pour l’autonomie des personnes handicapées

À l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées, l’Union des Kinésithérapeutes du Congo (UKC), section Nord-Kivu, a organisé un atelier de formation et de renforcement des capacités capital pour la communauté. Cet événement s’est déroulé au centre pour handicapé UMOJA, sous le thème : « L’inclusion et l’autonomie des personnes handicapées par l’implication de la kinésithérapie pour une bonne qualité de vie ».

Devant 30 invités, les exposées ont révélé un besoin criant en professionnels de la rééducation, un retard technique important, et une méconnaissance généralisée de la nouvelle loi organique protégeant les droits des personnes handicapées. L’objectif central de cette journée était d’amener les participants à réfléchir sur l’indicateur très important de l’inclusion et la qualité de vie des personnes handicapées.

La Kinésithérapie, un besoin «énorme» face à une offre insuffisante

Le Dr. MURHABAZI Justin, inspecteur attaché de la Division Provinciale de la Santé (DPS) du Nord-Kivu, a dressé un tableau préoccupant de la situation de la réadaptation dans la province. Il a rappelé que, statistiquement, une personne sur trois a besoin de kinésithérapie.

«Le besoin est énorme». Cependant, en comparant ce besoin au nombre d’habitants de Goma ou de la province, le nombre de kinésithérapeutes disponibles sur le marché n’est pas suffisant pour couvrir ces besoins. Pour la seule ville de Goma, bien que le nombre de kinés qualifiés soit estimé à environ 350 issus de Rutshuru, Masisi, Goma et Nyiragongo, si l’on inspecte les centres de santé, le personnel actuel est jugé très faible et insuffisant pour prendre en charge tous les patients. Cette carence conduit inéluctablement à un handicap durable, à l’aggravation des situations, à la perte d’autonomie et à l’exclusion sociale et économique des clients.

Face à ce déficit, le Dr. MURHABAZI a lancé un appel d’éveil sanitaire: il est «absolument nécessaire» d’encourager les jeunes à suivre des études de kinésithérapie afin qu’ils puissent aider à réduire le problème du handicap dans la ville de Goma.

L’impératif de la Qualité et de l’Évaluation

La kinésithérapie, en tant que levier essentiel pour l’autonomie, doit reposer sur des soins de haute qualité, le premier pilier de la couverture sanitaire universelle. Le sensibilisateur sanitaire provincial a souligné que pour l’UKC, l’enjeu est de savoir si la profession est «à la hauteur» de son rôle dans l’inclusion socio-économique.

La qualité des soins exige plusieurs dimensions, entre autres :

1. La dimension technique : Compétence, efficacité et utilisation d’outils appropriés. Actuellement, beaucoup de kinés soignent les symptômes au lieu de la cause, ce qui réduit l’efficacité.

2. La dimension organisationnelle : L’intégration de la kinésithérapie à la pyramide sanitaire est faible. Idéalement, la réadaptation devrait être accessible à la porte des ménages (moins de 30 minutes de marche), ce qui est loin d’être le cas, illustrant un grave problème d’accessibilité géographique.

3. La dimension relationnelle et éducative : Il faut avoir un temps suffisant pour communiquer avec le patient, fixer les objectifs de traitement ensemble, et l’impliquer via l’éducation thérapeutique. Souvent, les kinés n’expliquent pas la durée ou l’issue du traitement, conduisant le patient à penser que les soins sont inefficaces et à se tourner vers des tradipraticiens.

Le Dr. MURHABAZI a mis un accent sur un point central : «il n’y a pas de kiné sans évaluation fonctionnelle». Sans cette évaluation, les soins risquent d’être inadaptés, inefficaces, voire mortels. L’évaluation doit durer au moins une heure et nécessiter l’utilisation d’outils validés tels que les tests de marche, les échelles d’équilibre, et le testing musculaire. De plus, l’évaluation ne doit pas se limiter au cabinet, mais doit s’étendre au domicile, à l’école ou au poste de travail du patient pour garantir des aménagements ergonomiques.

Modernisation et équipe multidisciplinaire

La rééducation moderne exige la personnalisation des soins. La personnalisation est la clé de l’autonomie et de la qualité de vie, car les besoins fonctionnels varient largement. Les soins en groupe ne sont pas une approche adéquate si le patient n’a pas bénéficié au préalable d’un plan de traitement individualisé.

L’atelier a mis en lumière un retard technologique alarmant, décrivant la situation locale comme étant «à l’âge de la pierre en kiné». Des innovations majeures comme les réalités virtuelles, les exosquelettes, la télérééducation ou les prothèses imprimées en 3D sont ignorées ou inconnues en pratique.

A fin d’ouvrir les horizons pour tous les kinés, le Dr. MURHABAZI a insisté sur l’approche globale : «on ne peut pas s’enfermer seul avec un patient dans un cabinet de kinésithérapie. Ça, ça devient de la sorcellerie». La prise en charge doit être assurée par une équipe multidisciplinaire incluant kinésithérapeutes, psychologues, orthoprothésistes et assistants sociaux, tous travaillant sur un projet commun, facilité idéalement par des dossiers numériques partagés.

La Loi Organique 022/003 : Un bouclier juridique méconnu

La partie consacrée aux droits des PH a été animée par Bienvenu Kikuni, activiste des droits des personnes handicapées du Nord-Kivu. Son intervention s’est concentrée sur la Loi Organique N° 022/003 du 3 mai 2022.

Cette loi, comportant 53 articles, est fondamentale car elle protège et promeut les droits des personnes handicapées. Son adoption fut difficile, notamment en raison de l’absence d’une base de données fiable sur le nombre de personnes handicapées (PH) en RDC, ce qui complique les plaidoiries pour leur représentation (comme le quota souhaité de 12 à 15%). La loi tire son origine de l’article 49 de la Constitution et de la Convention relative aux droits des personnes handicapées des Nations Unies.

Le militant a souligné que, en dépit de son importance, cette loi n’a jamais été pleinement vulgarisée ni sensibilisée auprès des concernés.

Dispositions Pénales Contre la Discrimination et l’Exploitation

Le Titre 5 de la loi fixe des sanctions pénales claires visant à dissuader les violations des droits.

Exploitation Abusive: L’Article 48 prévoit une servitude pénale de 3 à 6 mois et des amendes (1 million à 2,5 millions de francs congolais) pour toute personne physique ou morale qui exploite abusivement une PH à des fins économiques, de marketing ou d’enrichissement, ou qui incite à la mendicité ou à la fraude fiscale. Cela inclut les parents qui envoient leurs enfants dans la rue pour mendier.

Discrimination Professionnelle: L’Article 49 punit d’une servitude pénale (1 à 3 mois) et d’une amende (500 000 à 1 million FC) la discrimination à l’embauche ou au cours de carrière, ainsi que le harcèlement.

Spoliation : L’Article 51 sanctionne (2 à 5 ans de servitude pénale et 500 000 à 5 millions FC d’amende) toute personne qui spolie un bien appartenant à une PH ou qui la déshérite à cause de son handicap.

Abus de Vulnérabilité par la PH : La loi est également équitable en sanctionnant la personne handicapée elle-même si elle exploite sa condition de vulnérabilité pour enfreindre la loi ou se procurer un bénéfice par exemple, en circulant aux heures interdites ou en escroquant.

L’Engagement de l’UKC: Respect, Amour et Sensibilisation

Jules MAKUTA, Président provincial de l’UKC, a insisté sur la nécessité de changer la perception que la communauté a des PH. Selon lui, la personne handicapée «est aussi importante» et doit être vue comme une personne apte, capable d’aider la communauté et de réaliser quelque chose de grand. Il souhaite que la PH se sente à l’aise, « dans son bain ».

 

En lien avec le thème de la journée, partant même de la participation active à l’atelier, l’UKC a pris des engagements clairs. Dès la fin de la formation, les kinésithérapeutes vont entamer une sensibilisation dans les structures sanitaires et au sein de la communauté. L’objectif est de montrer aux PH qu’elles sont utiles et que les kinés les respecteront et les soigneront « avec amour ».

Jules MAKUTA a souligné l’importance de ce message, qui ne doit pas s’arrêter aux portes de l’atelier.

Défis et Recommandations: Vers un Suivi Mesurable

Les échanges entre professionnels présents dans la salle du centre pour handicapé UMOJA ont mis en lumière plusieurs défis systémiques.

Le Problème de l’Application et du Financement

Une préoccupation majeure soulevée par les participants est le décalage entre la loi et la réalité, notamment l’accès à la justice qui, au Congo, est souvent conditionné par l’argent. Il a été souligné que bien que cette injustice soit réelle, elle ne doit pas être encouragée. Pour les personnes vulnérables ou sans moyens, le Ministère Public est là pour les accompagner, et les structures d’activistes ont des conseillers juridiques pour les plaidoiries.

L’insuffisance des moyens pour la vulgarisation de la loi est également un frein majeur, mais les activistes formés sont appelés à utiliser les moyens communautaires disponibles, en commençant par le cercle familial et professionnel, car la sensibilisation ne demande pas nécessairement de fonds.

Vers des Objectifs Concrets et Mesurables

L’inspecteur Dr. MURHABAZI a fortement recommandé que pour la prochaine journée internationale des personnes handicapées, les organisateurs et les partenaires se fixent des objectifs concrets et mesurables, allant au-delà de la théorie. Le suivi devrait porter sur des indicateurs précis en lien avec le thème ; relatif à la mobilité : dire combien de patients ont été aidés par an (par exemple, les 700 cas d’amputés qui atteignent la mobilité chaque année) ; à l’indépendance dans les activités de la vie quotidienne (Autonomie) et à la participation Sociale et Économique : Savoir ce qui a été fait pour l’inclusion économique et sociale des PH.

Il a proposé à l’UKC de se fixer l’objectif d’intégrer au moins trois kinés dans trois centres de santé d’ici l’année prochaine, dans la zone de santé de Nyiragongo, afin de prouver que l’intégration du kiné au niveau de base permet de réduire l’aggravation du handicap. L’idée de mettre en place un classement des « Tops partenaires » par l’UKC en fonction des résultats concrets a également été proposée pour stimuler l’engagement.

Si les soins en kinésithérapie sont adaptés, personnalisés et coordonnés, ils conduiront vers l’inclusion et la qualité de vie des personnes handicapées. Mais pour y parvenir, les professionnels doivent embrasser la modernisation technique, la coordination multidisciplinaire et, surtout, s’assurer que le cadre légal existe non seulement sur papier, mais qu’il est appliqué de manière équitable sur le terrain.

La Rédaction

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