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jeudi, avril 16News That Matters

Togo, nouveau médiateur dans la crise RDC-Rwanda : Espoirs et limites d’une diplomatie africaine

Alors que le conflit opposant la République Démocratique du Congo au Rwanda à travers la rébellion du M23 continue de semer la désolation dans l’Est congolais, un nouvel acteur s’invite sur la scène diplomatique : le Togo. Après l’implication respectivement de l’Angola puis du Qatar, c’est désormais le président togolais Faure Gnassingbé qui propose ses bons offices dans l’espoir de désamorcer une crise à la fois complexe, ancienne et profondément enracinée en République Démocratique du Congo.

Deux chefs de l’Etat; Photo tirée du site presidence.cd

Un conflit aux ramifications régionales

Le différend entre Kinshasa et Kigali ne date pas d’hier. L »on compte des décennies où des rivières de sang des Congolais innocents ne font que couler.  Il puise ses racines dans les conflits des années 1990, 1996, 2009, 2013, mais s’est ravivé avec la résurgence du Mouvement du 23 mars (M23), une rébellion que la RDC accuse directement le Rwanda de soutenir, ce que Kigali nie fermement. La crise a pris une ampleur régionale, poussant des centaines de milliers de civils à fuir leurs villages, principalement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Sur le terrain, le M23 a étendu son contrôle sur plusieurs localités stratégiques, provoquant le déplacement massif de populations et une instabilité chronique dans les zones frontalières. Dans ce contexte, la diplomatie apparaît comme l’un des rares chemins encore ouverts pour sortir de l’impasse.

Angola et Qatar : des efforts en demi-teinte

En 2022, l’Angola avait tenté de jouer les médiateurs à travers le processus de Luanda, avec des engagements clairs en faveur d’un cessez-le-feu et du retrait du M23. Malgré une volonté initiale de calmer le jeu, les hostilités n’ont jamais véritablement cessé, et le plan angolais s’est heurté à un manque de volonté politique des belligérants, fortement armés sur le champ de batail.

Le Qatar, quant à lui, a proposé une médiation plus discrète, en marge de ses ambitions géostratégiques croissantes en Afrique. Toutefois, ses efforts n’ont pas abouti à une désescalade tangible du conflit, en partie à cause du manque de proximité historique et politique avec les acteurs de la région des Grands Lacs, comme l’on peut le constater dans plusieurs archives.

Faure Gnassingbé entre en scène

L’arrivée du président togolais dans ce processus peut surprendre, mais elle s’inscrit dans une dynamique nouvelle où Lomé tente de redorer son blason sur le plan diplomatique en Afrique. Déjà actif sur d’autres dossiers sensibles en Afrique de l’Ouest, le Togo « veut se positionner comme un facilitateur neutre et crédible ».

Faure Gnassingbé a récemment reçu des émissaires tant du Rwanda que de la RDC, affirmant sa disponibilité à créer un cadre de dialogue « franc et africain ». Une démarche saluée par certains observateurs, qui y voient une tentative salutaire d’élargir les canaux diplomatiques, mais qui suscite aussi des interrogations.

Un pari risqué pour Lomé

Le Togo n’est ni un poids lourd diplomatique comme l’Angola, ni un acteur doté de ressources financières comparables à celles du Qatar. Son influence réelle sur les protagonistes reste limitée. De plus, la médiation dans un conflit aussi sensible exige un équilibre délicat entre neutralité, autorité et engagement stratégique, des éléments dont le Togo ne dispose pas nécessairement à un niveau élevé.

Il reste à voir si le leadership personnel de Faure Gnassingbé pourra combler ces lacunes et convaincre Kigali et Kinshasa de se réengager sincèrement sur la voie du dialogue et/ou d’une paix durable.

Des villes en danger, une population en détresse

Pendant que les négociations s’enchaînent et que les médiateurs se succèdent, la situation sur le terrain oriental de la RDC continue de se détériorer. Le M23 menace sérieusement les grandes agglomérations de l’Est, notamment Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, et Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu pour ne citer que cela. Ces deux villes, à forte densité humaine, vivent sous tension permanente, avec une économie à l’agonie et une population prise en étau entre la peur, la précarité et le sentiment d’abandon.

Il est urgent que la médiation prenne en compte la réalité de ceux qui souffrent, bien loin des salles de conférences feutrées. Car tant que les armes parleront plus fort que les paroles, ni le Togo ni aucun autre médiateur ne pourra ramener une paix durable dans cette région meurtrie.

La Rédaction

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